Le Covid-19 a contraint les entreprises à adopter le télétravail de masse en urgence. Des millions de salariés jonglent avec le chat, la visioconférence et le mail. De quoi alimenter les interrogations et les inquiétudes des chefs d’entreprise et de leurs collaborateurs. Il manquait un livre de conseils et de partages d’expériences en temps de crise. Cet ouvrage existe et s’intitule : Le confinement expliqué à mon boss. Nous avons e-interviewé l’un de ses co-auteurs.

Bonjour Hervé Kabla, pourquoi avoir co-écrit ce livre… maintenant ?

L’idée du livre est née dès la première semaine du confinement. Nous avions tous l’impression de changer d’époque, de repères, de modes de fonctionnement. Personne n’avait jusqu’à présent mis 100% de sa société en télétravail avec conjoint en télétravail et les gosses à la maison… Comment réagir ? Quelles priorités accorder à tous les sujets qu’on gère à distance ?

Un ami français installé en Chine m’a aidé à prendre les bonnes décisions. Je me suis dit qu’il y avait matière à communiquer pour aider les chefs d’entreprise et les managers à aborder cette période de la meilleure manière. J’en ai parlé à l’éditeur, Éditions Kawa, qui était partant. J’ai ensuite réuni sept autres auteurs autour de moi, et nous avons écrit le livre à 16 mains, en un peu plus de huit jours.

Je tiens à préciser qu’il s’agit d’une démarche entièrement bénévole, tous les participants, des auteurs à l’imprimeur, ont décidé de reverser leurs revenus à la Fondation de France. N’hésitez pas à en parler autour de vous, c’est une bonne action, une forme de soutien, pour un montant peu significatif, et qui se lit dans les deux sens:

5,99€ en ebook

9,95€ en version papier

Une page du livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

Ce passage fait partie de ceux qui illustrent le mieux cet ouvrage. On y prend du recul par rapport à la situation actuelle.

 

Et si cela devait durer 18 mois ?

Il est difficile d’envisager un confinement de 18 mois ou plus au regard de son impact sur les entreprises En effet, si seules les entre- prises capables de télétravailler restaient pleinement opérationnelles cela ne suffirait pas à compenser une économie à l’arrêt Au bout d’un an et demi, on serait davantage en train d’organiser la survie de l’humanité dans un monde malade, ruiné et sans circuits économiques et industriels, plutôt qu’à réfléchir à l’impact d’un télétravail qui n’aurait plus de sens faute de travail

Par contre on peut imaginer divers scénarios dans lesquels le télétravail se prolonge malgré un retour à la normale Par exemple dans le cas où le Covid-19 ne serait pas complètement éradiqué de la surface de la planète, et que des épisodes de confinement à intervalles plus ou moins réguliers devraient se produire C’est parfaitement envisageable, du fait de la disparité des systèmes de santé et du décalage de l’épidémie d’un pays à l’autre, et des possibilités de traitement dont ils disposent Rappelons qu’à ce jour, 192 pays sur les 197 siégeant à l’ONU ont été touchés par l’épidémie

Ou encore, un scénario dans lequel les entreprises ont réalisé que même mis en place à la hâte et de manière perfectible, le télétravail fonctionne et que c’est une piste à explorer davantage On ne peut pas ne pas penser, en effet, qu’à la sortie de la crise actuelle personne ne s’interroge sur ces mètres carrés de bureau dont on pourrait allègrement se passer pour ne garder que le strict nécessaire On peut également imaginer que les salariés ayant profité du télétravail refusent un retour en arrière en étant cette fois-ci en position de force

Si on se refuse à envisager un télétravail forcé dû à un confinement de 18 mois, on peut par contre se projeter dans un monde dans lequel il ne serait non pas une modalité exceptionnelle du travail mais une nouvelle normalité, à égalité avec le travail au bureau, voire le dépassant dans certaines entreprises …

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

Je suis convaincu que cette crise va laisser des traces, encore plus importantes que celles laissées par les crises de 1991, 2001 ou 2008. D’abord, des secteurs entiers de l’économie sont partis pour s’effondrer alors qu’on les croyaient pérennes : le tourisme international, la sous-traitance dans les pays low-cost, les activité de loisir.

Ensuite, je pense que toutes les boîtes qui étaient passées à côté du télétravail, ou l’avaient traité au compte-gouttes, vont désormais s’y intéresser de plus près, puisqu’elles auront eu la possibilité de tester chaque collaborateur à distance, en grandeur nature. Tout le monde ne basculera pas à 100% en « home office », mais les entreprises ne verront désormais plus d’un mauvais oeil les demandes en ce sens.

Enfin, le rapport aux mètres carrés va changer. Il devient clair que le travail n’est plus lié à un lieu ni à un local, mais à des individus, des rôles et des tâches. Dès lors, on va reconsidérer les surfaces occupées. L’immobilier de bureau risque de traverser une période difficile.

En revanche, je suis peu optimiste sur un point : la revalorisation des métiers pourtant vitaux, qui nous ont permis de traverser cette crise. Personnels de santé, employés de caisse, livreurs, ont montré à quel point nous dépendions d’eux. Mais l’humanité a la mémoire courte, et je doute que leurs revendications soient vraiment prises en compte une fois que le monde sera revenu à un mode de vie plus « normal ».

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

Les crises sont des périodes qu’il faut traverser en ayant un œil sur l’endroit où on pose le pied, et un œil sur là où on se dirige. De réelles opportunités vont surgir : effondrement de certains concurrents, croissance externe, recrutement de talents, changements de modèles économiques, nouvelles offres, etc. Il est absolument vital de s’extirper de la gestion du quotidien – en mode télétravail, il faut savoir lâcher prise et faire preuve de plus d’empathie – et se focaliser sur la stratégie à court et moyen terme. De grandes sociétés se sont créées en période de crise, ou les ont traversé alors qu’elles étaient encore fragiles : Google, Facebook, Uber, AirBnB. D’autres en profitent pour se réinventer. À vous de choisir, selon les opportunités qui se présenteront.

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

La survie des entreprises dans un contexte de crise qui n’en finirait pas est évidemment celui auquel il faut s’intéresser. Déjà on parle de deuxième vague dans certaines grandes villes chinoises de 2nd ou 3e rang. Cela arrivera également chez nous, ainsi que dans les autres grands pays industrialisés. Le critère de survie, dans pareil, c’est d’être doté de ce que Nassim Taleb appelle « antifragilité ». Un concept dont beaucoup de dirigeants devraient s’inspirer.

Merci beaucoup Hervé, 

Merci Bertrand

Le livre : Le confinement expliqué à mon boss, Hervé Kabla, Yann Gourvennec. Pierre Blanc. Sylvie Lachkar. Tiphaine Mayolle. Xavier de Maznod. Bertrand Duperrin. Emmanuelle Hervé, Editions Kawa, 2020.

 

Dans une démarche de soutien aux personnels médicaux impliqués à 200% d

ans la lutte contre le virus, les éditions Kawa, les auteurs-contributeurs ainsi que toutes les personnes ayant participé à l’élaboration de ce livre et à sa promotion y ont contribué gracieusement. Les bénéfices et les droits d’auteur seront reversés intégralement à la Fondation de France pour aider à la lutte contre le virus et à la recherche médicale.

 

Propos recueillis par Bertrand Jouvenot | Conseiller | Auteur | Speaker | Enseignant | Blogueur

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