Soyez certain que la chance joue un grand rôle dans la vie de tous et de chacun. Cependant, croire que tout est écrit et qu’il n’y a rien à faire pour influencer le destin est une grosse erreur qu’il faut éviter de commettre. Une démonstration que se propose de faire Alain Lefebvre dans son roman réaliste Le facteur chance. Trois, deux, un, partez !

 

Bonjour Alain Lefebvre, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

Tout d’abord, je publie des livres régulièrement et toujours ceux que j’ai eu envie d’écrire, c’est ma règle d’or. Je n’ai pas d’agenda basé sur les circonstances qui sont toujours mouvantes. Je n’ai pas non plus d’éditeur pour me pressurer et me dire quoi écrire (ou ne pas écrire). Ceci étant précisé, on peut parler de mon livre…

Dans les auteurs de récits de fiction, il y a ceux qui racontent une histoire pour distraire leurs lecteurs (et pourquoi pas, rien à redire là-dessus) et ceux qui utilisent la fiction pour essayer de faire passer un message ou de traiter des questions importantes (et si cela peut s’appuyer sur une bonne histoire au passage, c’est mieux…).

Après avoir tenté de traiter certains aspects de notre société à travers un essai plus ou moins bien reçu (à savoir, “Cette révolte qui ne viendra pas”, voir à http://www.alain-lefebvre.com/mes-livres/cette-revolte-qui-ne-viendra-pas/, publié en 2011), j’ai voulu cette fois m’appuyer sur un contexte fictionnel mais qui serait très “parlant” pour tous : le sport de haut-niveau, la compétition élitiste et médiatisée qui est devenu un des miroirs de notre société. La F1 m’est apparue comme un bon arrière plan pour ce livre d’autant que je connais bien le milieu des sports-mécaniques (j’ai rédigé et publié plusieurs livres dans ce domaine).

En apparence donc, “Le facteur chance” est un livre de fiction avec la F1 (et la saison 2019 de F1) en toile de fond. Mais, comme je l’ai déjà sous-entendu, la F1 n’est qu’un prétexte. Mon idée de départ était d’explorer la question suivante : que se passerait-il si le facteur chance devenait totalement évident dans les victoires d’un nouveau champion ?
C’est surtout les conséquences de ce “cygne noir” (l’expression est à la mode !) qu’il est intéressant d’imaginer et d’examiner.

Pour lever (un peu) le voile sur le contenu de ce livre, voici son texte de présentation :

Le facteur chance. C’est le facteur différenciant, la clé de voûte des champions, la touche magique qui transforme les rêves une réalité.
Et si ce n’était finalement pas le cas ? Quelle rôle joue la chance dans la victoire en F1?
Que se passerait-il si un nouveau pilote apparaissait soudainement en F1 et se mettait à tout gagner ?
Fred Night, nouveau venu dans la catégorie, débarquant comme parfait inconnu et totalement inaperçu triomphe d’entrée de jeu puis encore et encore dans des circonstance complètement folles.
Il surprend tout le monde autant par ses performances que par son attitude. Fred Night, un pilote mongol (né en Mongolie mais de parents britanniques) au calme imperturbable. Alors qu’il évolue dans une écurie de seconde voire troisième zone (Racing Point), Fred triomphe calmement à chaque course. Bien entendu, des circonstances exceptionnelles entourent ses victoire mais le plus extraordinaire, c’est qu’elles se manifestent à chaque fois (bien de manière différente), comme si un scénariste et un metteur en scène intervenaient dans les coulisses…
Il est insaisissable, il est révoltant, il est totalement imprévisible. C’est du jamais vu !
Le monde de la F1 n’était pas prêt pour ça, le monde sportif n’était même pas prêt pour lui. Face à ces “tempêtes du hasard”, les champions habituels sont impuissants et les écuries dominantes restent sans réponse. Comment vont réagir le milieu, les médias et les fans face à cette moisson jamais vu ?
Mais qui est-il vraiment, ce personnage indomptable aussi mystérieux que tranchant ?
Désormais n’y a que ce sujet qui préoccupe tout le paddock et tous les médias : mais qui est Fred Night et à quel point sa réussite fulgurante est dû au facteur chance ?
Jusqu’où ira Fred Night ? Comment cela va-t-il finir ? C’est ce que je vous invite à découvrir dans “Le facteur chance”…
J’ai situé ce roman dans le domaine de la F1 moderne alors que celle-ci n’a pas particulièrement grâce à mes yeux. En tant qu’amateur de sports-mécaniques, je préfère largement les 24 heures du Mans désormais ou bien la F1 des années 70 que je considère comme un âge d’or (voir à ce propos mes livres sur “Docteur miracle”…). Mais justement, la F1 actuelle si prévisible et si cloisonnée jusqu’au ridicule me paraissait justement être le bon contexte pour faire surgir un “cygne noir” totalement déstabilisant !
Car toute cette histoire tourne autour de l’impact qu’ont les résultats improbables d’un pilote sorti du rang.
Cette histoire que j’ai voulu réaliste n’est pas rigidement fidèle aux arcanes de la saison 2019 de F1. Je me suis autorisé quelques libertés avec les règlements techniques et sportifs afin de pouvoir dérouler mon histoire sans devoir passer par des détails de moindres intérêts. La F1 actuelle est tellement rigide qu’elle laisse peu de place à la créativité de ses acteurs et elle se retrouve souvent dans des impasses absurdes que j’ai préféré éviter.

 

Bref, on l’aura compris, il s’agit d’explorer les réactions du public et la F1 n’y est qu’un prétexte, une autre compétition de haut niveau aurait pu faire aussi bien l’affaire.

 

Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

Matt l’attendait directement à l’accueil et lui dit simplement « suis moi » à son arrivée. Quelques couloirs, une salle de réunion, Matt ouvre la porte et laisse Fred entrer dans la salle sans lui-même y prendre place. Autour de la table, Lawrence Stroll et Bernie Ecclestone sont déjà en place. Ils regardent Fred et l’invitent à s’assoir.
– Alors voilà le « guet apens » !
– Allons Fred, nous avions besoin de te parler, rien de plus. Tu connais forcément Bernie, il était très désireux de s’entretenir avec toi…
– Voilà le phénoménal Fred Night, enfin !
– Eh bien parlons alors. Quel est le sujet du jour ?
– Vois-tu, mon garçon, j’aime bien qu’on secoue le cocotier de temps en temps. Ça fait du bien à l’arbre d’être secoué, j’approuve cela. Mais il y a une différence entre « secouer le cocotier » et « déraciner le cocotier » tout de même !
– Oh Oh et j’aurais ce pouvoir ?
– Disons que tes récentes déclarations nous ont surpris. Traiter tes collègues pilotes de « minables larmoyants et surpayés » est peut-être un peu extrême, non ?
– C’est pourtant la vérité.
– Admettons, mais ce n’est pas ce qui me tracasse. Non, ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est ton changement d’attitude. Depuis que tu es arrivé en F1, tu en dis le moins possible, tu joues les grands bonzes muets et là, tout d’un coup, pouf, tu ouvres les vannes en grand !
Que s’est-il passé ? Pourquoi un changement si grand et si brusque ?
– Et vous, que se passe-t-il pour que vous sortiez de votre retraite ?
J’ai pourtant lu que vous étiez plutôt content de mes victoires et de l’intérêt qui soufflait de nouveau sur la F1, non ?
– Ça oui, j’étais ravi par le vent nouveau que tu as fait souffler. Mais quand la bourrasque devient tempête, je m’inquiète…
– Il ne faut pas, je n’ai pas changé et je vais continuer à gagner.
– Disons que tu pourrais continuer à gagner si on te permet de continuer à courir… Nuance.
– Ah ben voilà, le langage de la vérité avec des menaces même pas voilées, bravo. C’est venu vite, vous n’êtes pas Bernie pour rien, hein !
Et donc, vous vous êtes arrangés avec mon patron pour me priver de mon baquet si je ne joue pas votre jeu, c’est ça ?
Je ne suis pas sûr que ça va suffire. Mon manager va faire le tour des écuries et vous ne pourrez pas les verrouiller toutes. Et même, si j’étais mis à pied, vous imaginez le retentissement ?
Je crois que c’est le genre de publicité que vous voulez éviter, non ?
Lawrence Stroll prit la parole pour calmer le jeu.
– Allons, personne ne parle de te priver de ton baquet, voyons !
Pas moi en tout cas : je suis le premier à bénéficier de tes victoires pour renforcer cette équipe qui en a bien besoin, crois-moi. En revanche, on aimerait bien comprendre où tu vas avec tes déclarations…
– Oui, en fait, c’est pour cela que je suis venu ce matin : je voudrais savoir ce que tu veux à la fin.
– Ce que je veux ? Eh bien, comme tous les pilotes, je veux gagner des courses pardi !
– Mais pourquoi insulter tout le monde, qu’est-ce que ça t’apporte ?
– Ce que je ne vois pas, c’est ce que m’apporte cette conversation… On a fini ? Patron, j’ai toujours mon volant ou je dois commencer à chercher ailleurs ?
– Attends, on n’a pas fini tant que tu ne n’as pas dit ce que tu voulais vraiment. Ça fait des dizaines d’années que je suis dans ce business, j’ai mené des centaines de négociations et ça se résume toujours à des positions de pouvoir ou à des tas d’argent… Donc, je te le demande encore une fois, que veux-tu obtenir ?
Pèse bien ta réponse, car beaucoup de choses dépendent de cela désormais…
Fred Night croisa les bras et regarda Lawrence Stroll sans plus accorder d’attention à Bernie Ecclestone. Il attendait la position de son patron et montrait que la frustration de l’ex-supremo (un des surnoms de Bernie) ne lui faisait ni chaud ni froid. Stroll était très embarrassé, mais il ne pouvait laisser filer ainsi son meilleur pilote. Choisissant bien ses mots, il confirma à Night que toute l’équipe l’attendait pour le prochain Grand Prix.

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

Je suis fasciné par les perspectives offertes par la simulation dans son ensemble. Je crois fermement que nos sociétés vont s’en servir de plus en plus et cela aura une influence majeure sur notre façon de travailler et de s’amuser, au sens large de ces termes.
J’aimerais que mes écrits permettent d’anticiper cette évolution.

 

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

Soyez certain que la chance joue un grand rôle dans la vie de tous et de chacun. Cependant, croire que tout est écrit et qu’il n’y a rien à faire pour influencer le destin est une grosse erreur qu’il faut éviter de commettre. Soyez prêt et la chance se manifestera. Soyez paresseux et celle-ci vous passera sous le nez sans même que vous puissiez la voir. Cela paraît banal de dire cela mais je crois au contraire qu’il faut remettre la chance, le hasard et le destin à leur vraie place : des forces qui influent le cours de nos vie mais sans les déterminer complètement. Oui, nous avons notre rôle et notre mérite.

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

Je veux continuer à rédiger ma saga des saisons passées de sports-mécaniques que j’ai entamé avec ma série intitulée “Docteur Miracle” (les saisons 1970 et 1971 sont déjà parues). Je souhaite aussi continuer à écrire de la SF pour éclairer les “bulles d’avenir” possibles. Les questions sociologiques et politiques continuent de m’intéresser également mais je vais les traiter encore à l’aide de récits de fiction.

 

Merci beaucoup, Alain Lefebvre.

 

Merci Bertrand

 

Le livre : Le facteur chance: Qu’arriverait-il si un inconnu se mettait à tout gagner ?, Alain Lefebvre, Auto-édition, 2019.

%d blogueurs aiment cette page :