On croit que les innovations, les inventions, les nouveautés ont un âge et une époque qui leur est propre. Selon cette croyance, l’Antiquité aurait vu naître des choses propres à son temps : la stratégie pour organiser les campagnes de l’armée Romaine, l’astronomie pour guider les expéditions maritimes… Le Moyen-âge aurait apporté d’autres innovations correspondant à son temps : les universités pour institutionnaliser la foi Chrétienne, le vaccin pour endiguer les épidémies… La Renaissance aurait apporté des nouveautés propres à son époque : le crédit pour favoriser l’expansion du commerce, l’imprimerie pour promouvoir les idées…

On se plait à vouloir croire que chaque nouvelle innovation est plus moderne, plus technique, plus avant-gardiste que la précédente.

C’est un tord ! Le meilleur exemple se situe au cœur des villes Américaines que le dix-neuvième siècle vit grandir et à l’intérieur desquelles les innovations rythmèrent les mutations. Dans l’ordre :

  • Invention de l’éclairage au gaz
  • Invention de l’éclairage électrique
  • Invention du tramway
  • Développement de la presse magazine
  • Arrivée des départements store
  • Invention du téléphone

La presse magazine est moins technique que le téléphone, elle est le simple prolongement de la presse quotidienne qui vit le jour un siècle plus tôt. La rupture qu’elle constitue est moins forte que celle qu’introduit le téléphone par rapport au courrier… L’enchaînement des innovations présenté ici, montre que le progrès, l’avancée, n’est pas constant, ni linéaire, ni régulier, ni exponentiel.

Nous allons plus loin en soutenant que des réservoirs d’innovations latentes se situent dans le passé et qu’il importe de les débusquer.

  • Ceux qui ne parviennent pas à innover cherchent le plus souvent à innover pour le futur.
  • Ceux qui parviennent à innover, cherchent le plus souvent à innover pour le présent.
  • Nous ajoutons, que pour innover pour le présent, il faut oser regarder dans le rétroviseur, derrière soi, le passé, même le plus lointain.

Des inventions réservées à des époques anciennes continuent de proliférer. Il se crée encore aujourd’hui de nouvelles religions et dieu sait si les religions sont associées par nos esprits aux temps anciens. Nous l’oublions, mais l’Occident, l’Asie, l’Inde, sont le berceau de nouvelles religions loin d’être marginales (Mormons aux USA, Krishnaïsme en Inde, Foie Baha’ie répandue dans le monde, etc.)

L’innovation n’a pas d’âge. Ou plutôt, elle a plusieurs vies. Elle se réincarne régulièrement. Après avoir été retirés des villes, les tramways réapparaissent. Abandonnés par les adolescents, les rollers ont fait leur retour via les adultes. La bicyclette est revenue sous forme du Velib’…

Sous une apparente linéarité, l’innovation ne cesse de faire des vas et viens. Il se créait hier des choses hyper technologiques : les archéologues ne réfutent pas tous la thèse selon laquelle les Egyptiens auraient inventé quelque chose de comparable à la pile électrique ; invention qui disparut puis réapparut.

Le temps est en réalité infini. Il s’écoule depuis la nuit des temps et continuera de s’écouler après nous. Prenons le temps, de temps en temps, de voir ce qu’il nous cache.

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Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot, paru aux Editions Kawa en mars 2013, 278 pages, broché, 29€99.

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