Kodak détenait le brevet de la photo numérique mais n’y croyait pas. Nombreuses sont les entreprises qui passent ainsi à côté de leur destin. Les startups n’échapperont pas non plus à cette règle et certaines manqueront peut-être leur rendez-vous avec l’histoire. Démonstration.

Le sens commun conduit aujourd’hui à penser, croire et affirmer, dans les dîners en ville, que les start up représentent l’avenir tandis que les entreprises établies appartiendront bientôt aux reliques d’un passé quasiment déjà oublié.

Entre un rapport de Reuters, paru en 2015, qui comparait les grands patrons à Gulliver se réveillant attaquait par une multitude de lilliputiens (de start up) et une une étude du Global Center For Digital Transformation qui annonçait la même année que la moitié des entreprises les mieux classées dans leurs secteurs auraient disparues en 2020, Monsieur Toulemonde doit quelque part avoir raison.

Et pourtant, rien n’est si évident.

Prenons l’exemple des voitures autonomes, un concept qui fait rage dans les esprits du board de Google, autant que de celui d’Uber ou de Tesla. Les trois sociétés imaginant lancer des sortes d’Autolib, sans conducteur, à disposition de tous et permettant de révolutionner la façon dont nous nous déplaçons en ville.

Si moderne et digital qu’il paraisse, le concept de voiture sans conducteur n’est pas né dans l’industrie automobile, ni en ville, ni dans le monde de l’Internet, mais dans le secteur agricole. Une multitude de fermiers utilisent des tracteurs ou des machines agricoles sans conducteurs, depuis déjà longtemps, bien avant que Google ne naisse. La société John Deere, basée dans l’Illinois, a lancé des systèmes de navigation permettant justement aux machines agricoles de fonctionner seules et sans chauffeur, il y a vingt ans.

John Deere n’a alors sans doute pas réalisé l’importance et le potentiel de son invention. La société n’aurait certes pas eu la capacité à lancer une voiture sans conducteur, comme celle de Tesla Motor, seule et sans expérience du secteur automobile. Mais cette société pourtant vielle de deux cent ans, aurait bien pu devenir un fleuron du digital, voire une licorne. Où étaient les capitaux risqueurs d’alors ? Attendaient-ils que les dossiers s’empilent sur leurs bureaux ?

Les start up brillent et font rêver. Mais les meilleures récoltes se font parfois ailleurs. Les pépites que l’on trouve égarées dans les nuages du cloud computing, ont peut être parfois besoin de redescendre sur terre, quitte à coller aux bottes des paysans, capables bien avant d’autres d’effectuer de belles moissons d’idées.

Les start up font l’objet de tous les fantasmes et alimentent tous les rêves. Certaines d’entre elles sont à la mode, d’autres s’arrachent à prix d’or, d’autre encore font l’objet de spéculations. Et pourtant, une fois de plus, celles qui se vendront le mieux ont les pieds bien ancrées dans la terre, comme les tracteurs autonomes de John Deere, à la nuance prêt qu’elles sauront voir leur propre avenir…

A l’instar des Frères Lumières qui surent inventer une technologie révolutionnaire (la cinématographie) mais ne surent pas comprendre qu’ils venaient d’inventer un nouveau média (le cinéma), les start up doivent impérativement comprendre la nature profonde de leurs contributions, au risque de s’embourber dans le piège de la mode.

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