Toute chose qui apparaît est par essence nouvelle. Puis avec le temps, ce caractère de nouveauté disparaît. Mais alors, la nouvelle économie finira tôt ou tard par ne plus être nouvelle ? Oui mais quand ?

 

A force d’être nouvelles, les choses finissent toujours par ne plus l’être. Les premiers téléphones mobiles étaient qualifiés de nouveaux téléphones. Puis ils sont entrés dans les mœurs. Le cancer a été la nouvelle maladie du siècle, pour se fondre dans l’époque. Facebook ou Twitter ont été nouveaux avant de devenir les institutions que tout le monde connaît. Les exemples de ce type pourraient remplir des pages entières au point de former un inventaire fastidieux.

 

Un prétendant à la nouveauté résiste cependant et semble s’atteler à rester nouveau : la nouvelle économie. Comment s’y prend-t-elle ? En alimentant incessamment son propre développement de nouveautés qu’elle englobe, pour mieux perdurer. Telles d’autres notions cardinales comme le progrès, l’avenir, l’air du temps, la nouvelle économie conserve l’adjectif qui dit sa nouveauté et la distingue de l’économie « classique ». En réalité, elle se renouvelle comme le capitalisme qui lui-même l’abrite.

 

Mais quand la nouvelle économie cessera-t-elle de l’être ? Plusieurs scénarios peuvent être imaginés. Ils s’enracinent dans des terreaux très différents.

 

L’histoire – Tout comme les historiens ont découpé arbitrairement l’histoire de l’art en trois grandes périodes : l’art ancien, qui s’étend jusqu’en 1850, l’art moderne, qui s’étale de 1850 à 1950 et l’art contemporain, qui démarre en 1950, ils décideront de la date à laquelle la nouvelle économie est née et peut-être celle à laquelle elle s’arrêtera. Mais comment choisi ces dates? La réponse se trouve dans le scénario suivant.

 

L’économie – Les économistes pourraient s’inviter dans le débat pour mieux le clore. Mais comment ? Par l’approche quantitative qui consisterait par exemple à considérer que la nouvelle économie cesse de l’être à compter du moment où son poids dans le PIB devient suffisamment important pour considérer qu’elle a transformé l’économie classique, l’a digérée, l’a transformée ? Par une approche plus socio-économique partant de l’impact sur la société et les hommes de la nouvelle économie, pour en dire le commencement et la fin ? Mais ce serait empiéter sur le troisième scénario.

 

La société – Les sociologues, les philosophes, les psychologues, bref, tous ceux qui observent les hommes et les femmes vivre au quotidien, pourraient apporter leur grain de sel, au risque d’irriter les premiers en leur rappelant que l’un des changement majeur de notre époque réside dans le fait que l’accélération des technologies leur permet d’évoluer plus vite que nos mentalités. Il suffit d’observer les entreprises, les managements et le travail d’aujourd’hui pour réaliser combien ils sont encore marqués par des schémas de pensée et des réflexes hérités de la révolution industrielle, du taylorisme et du passé.

 

La nouvelle économie ne semble pas disposée à abandonner l’adjectif qui dit sa nouveauté. On la comprend, puisque celui-ci charrie autant de promesses que l’économie classique annonce de régressions. La nouvelle économie serait-elle un réservoir de nos fantasmes, de nos rêves ou de nos derniers espoirs ? Lui accorderions-nous  donc le privilège de conserver ce titre de « nouvelle » pour mieux nous dire à nous-mêmes qu’il y a encore de l’espoir ?

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