Les idées reçues au sujet de l’innovation sont comme le lierre. Elles se nourrissent des entreprises en guise d’arbres, les parasitent et les étouffent. Sous le feuillages verdoyant et touffu de ce qu’il est convenu de penser au sujet de l’innovation, les éternelles mêmes croyances perdurent tandis que l’innovation aurait parfois besoin d’un peu d’air pour se libérer de racines qui l’empêchent décidément de s’envoler.

 

Demandez à un collègue de parler d’innovation !

Faites réagir un groupe de professionnels sur ce même thème dans le cadre d’un séminaire ou d’une convention d’entreprise ! Dévorez les piles de livres que les américains ont consacré à l’innovation !

Les mêmes théories, les mêmes cas d’écoles, les mêmes croyances, les mêmes préjugés, les mêmes idées reçues, les mêmes superstitions, les mêmes exemples, les mêmes craintes, ressortiront :

  • L’innovation est une bonne chose, un bienfait ; elle est positive.
  • L’innovation est importante pour l’entreprise, voire indispensable à sa survie.
  • L’innovation est réservée aux grands groupes.
  • L’innovation coûte forcément cher.
  • L’innovation est nécessairement technique, voire technologique.
  • L’innovation provient surtout des départements de R&D ou des services marketing.
  • L’innovation est la chasse gardée des échelons supérieurs de la hiérarchie.
  • L’innovation relève de la science, de l’intelligence, de la raison.
  • L’innovation est le fruit de l’esprit.
  • L’innovation est une affaire d’homme plutôt que de femmes.
  • Etc.

Même si toutes ces phrases comportent une part de vérité indéniable, elles sont toutes balayables d’un revers de clic :

  • L’innovation est une bonne chose, un bienfait ; elle est positive. Faux : nombreuses innovations dans le secteur de l’alimentaire ou de la restauration ont contribué au phénomène de malbouffe.
  • L’innovation est importante pour l’entreprise, voire indispensable à sa survie. Faux : votre boulanger, votre libraire, votre boucher, votre bureau de tabac n’ont pas innové depuis des années et sont encore là.
  • L’innovation est réservée aux grands groupes. Faux : Microsoft était minuscule lors du lancement de la première version de Windows.
  • L’innovation est nécessairement technique, voire technologique. Faux : l’utilisation de pigeons « voyageurs » pour transporter des messages ou l’usage de chiens par la police pour suivre la piste de suspects n’ont rien de technologique.
  • L’innovation provient surtout des départements de R&D ou des ser­vices marketing. Faux : la poubelle a été inventé par Eugène Poubelle, un juriste, administrateur et diplomate Français, le champagne a été inventé par un moine.
  • L’innovation est la chasse gardée des échelons supérieurs de la hiérarchie. Ce sont de simples salariés d’Ubisoft qui ont lancé la guerre des Post-it.
  • L’innovation relève de la science, de l’intelligence, de la raison. Faux : les inventeurs des arts martiaux n’étaient le plus souvent que de simples paysans animés par la peur, poussés par la nécessité de se défendre.
  • L’innovation est le fruit de l’esprit. Faux : les hommes de Christophe Colomb lui dirent qu’il avait perdu l’esprit lorsqu’il s’apprêtait à goûter cette étrange chose que mangeaient les indigènes, la pomme de terre, qui devint la grande nouveauté de la cuisine européenne à cette époque.
  • L’innovation est une affaire d’homme plutôt que de femmes. Faux : Aufeminin.com a été crée par une femme, Netaporter.com aussi…

Pour aller de l’avant dans le monde digital, innover c’est commencer par sortir des sentiers battus, s’éloigner des sempiternelles débats sur l’innovation, trouver son propre chemin.

__________________________

Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot, paru aux Editions Kawa en mars 2013, 278 pages, broché, 29€99.

__________________________

Share