Quelle entreprise n’a pas eu peur de recruter, mis à l’écart, laissé partir, voire fait fuir, un haut potentiel ? Combien de temps durera l’hémorragie tandis que ces talents, trop souvent mal compris, n’ont jamais été aussi nécessaires qu’aujourd’hui ? Pour répondre, nous avons interrogé Sandrine Rampont, auteur du livre Parfois Ingérables, Toujours Brillants.

 

Bonjour Sandrine Rampont, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

J’ai eu envie d’écrire ce livre après vingt années dans des postes de direction générale d’entreprise à l’issue desquelles j’ai compris que j’avais été entourée au travail de hauts et très hauts potentiels depuis toujours, apprécié la valeur ajoutée que ces personnes peuvent apporter à une organisation mais aussi pris conscience que certaines cultures d’entreprise et modes de management peuvent les mettre en danger.

Aussi, j’ai voulu démystifier ces profils de « surdoués » qui sont souvent mal appréhendés ou méconnus. Les médias en donnent une image partielle, parfois exagérée et donc souvent imparfaite, les présentant notamment comme des personnes ayant des difficultés d’adaptation, alors que l’un des principaux risques qu’elles courent en entreprise est au contraire, la sur-adaptation.

L’objectif de mon livre est de faire le point sur leur mode de fonctionnement mais aussi et surtout partager les clés des modes de management qui leur permettent de jouer pleinement leur rôle dans un collectif pour la réussite globale de leur organisation.

Pour cela, je suis allée à la rencontre d’une trentaine de hauts et très hauts potentiels, qui m’ont raconté les contextes dans lesquels ils avaient réussi à donner le meilleur d’eux-mêmes et ceux qui, au contraire, les avait bridés ou parfois détruits.

Ces entretiens ont été d’une grande richesse. Ils m’ont permis de structurer cet ouvrage, qui se veut être à la fois un guide de management mais aussi un outil pour les personnes dites « surdouées », qui leur permette d’acquérir une meilleure connaissance d’elles-mêmes et les aide à se construire un chemin professionnel qui corresponde à leurs talents et aspirations profondes.

 

Une page de votre livre ou un passage qui vous représente le mieux ?

Le tableau que j’ai intitulé « Les dix commandements du manager de hauts potentiels ». C’est un texte que j’ai écrit de manière très spontanée, qui traduit parfaitement la manière dont j’ai toujours piloté mes équipes. C’est une posture managériale qui est exigeante, mais également bienveillante car elle permet à tout un chacun de remplir le rôle qui est attendu de lui tout en lui donnant les moyens de développer ses compétences et de progresser en permanence.

Convaincue qu’il est impossible d’être performant sur la durée sans prendre du plaisir à accomplir ses missions au quotidien, je n’envisage la valeur ajoutée d’un manager que lorsqu’il crée, dans le cadre qui lui est imparti, les meilleures conditions de travail possible pour ses équipes. Tout le monde y gagne sur le moyen terme.

Ces dix commandements, parfaitement en phase avec les attentes des hauts potentiels, me semblent être en réalité, souhaitables pour l’ensemble des collaborateurs car bénéfiques pour tout le monde.

 

Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

Avec la révolution digitale, les organisations sont amenées à faire évoluer profondément leurs modes de management. Les recettes de l’ère industrielle ne fonctionnent plus, notamment les modèles de leadership « autoritaires et hiérarchiques » qui trouvent aujourd’hui leurs limites. L’engagement au travail n’a jamais été à un niveau aussi bas.
Au-delà de ce qu’expriment les hauts potentiels – qui sont de véritables capteurs des incohérences d’une organisation – il n’y a qu’à regarder la défiance des millennials face à l’entreprise traditionnelle pour en être convaincus.

Les tendances qui émergent en termes de management sont tournées vers l’efficacité, l’agilité, la bienveillance et la coopération. Ces pratiques managériales également plus horizontales correspondent aussi à une attente de la société de se tourner vers des modèles de développement plus responsables et respectueux de leur écosystème, ainsi que des modèles de création de valeur plus altruistes.

 

Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

Je proposerais d’une façon générale d’adopter un autre regard sur les hauts potentiels que ce soit en entreprise ou en société, d’abandonner cette vision de personnes « à part » qu’il faut traiter différemment des autres, mais plutôt de les considérer comme des éclaireurs qui peuvent apporter des solutions pour améliorer leur environnement.

Ils sont notamment aujourd’hui dans certaines organisations les révélateurs d’un malaise qui touche l’ensemble des membres, à des degrés plus ou moins forts. Un expert hollandais « Frans Corten » les appelle les « canaris de la mine », ces oiseaux qui étaient emmenés au fond des mines au XIXème siècle pour détecter les gaz toxiques que les humains ne pouvaient sentir. Quand ils s’évanouissaient ou mourraient, c’était le signe qu’il fallait l’évacuer.

Du point de vue managérial, écouter ce que proposent les personnes que j’ai interviewées dans mon livre revient à construire des organisations capables de relever les défis de la révolution digitale : défis d’innovation technologique et de transformation managériale.

 

En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionnent ?

Je m’intéresse à la transmission de connaissance et à la pédagogie au sens large mais plus particulièrement à tout ce qui permet aux individus de développer leurs compétences et d’en acquérir de nouvelles tout au long de leur vie.

Il est nécessaire de donner à chacun les moyens de se construire différentes vies professionnelles. Cela est d’autant plus vrai que la transformation des entreprises va inéluctablement entraîner la disparition de la plupart des métiers actuels. Il est donc urgent que chacun se prenne en main pour construire son avenir. A côté de cela, de nombreuses entreprises ont du mal à identifier et attirer des collaborateurs avec les compétences dont elles ont besoin.

En un mot, il est temps de réconcilier les organisations avec tous leurs talents.

 

Merci beaucoup, Sandrine.

 

Le livre : Parfois Ingérables, Toujours Brillants, Sandrine Rampont, Eyrolles, 2019.

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