Conscients de la contribution grandissante des start up à leurs économies, leurs pouvoirs et leurs images, les Etats ont mis en place des initiatives visant à favoriser leur création et leur développement. En France, la nomination d’un secrétaire d’Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, s’inscrit dans cette mouvance. Mais, loin du simple effet de mode, c’est une guerre pour une future et nouvelle forme de gouvernance du monde que se livrent déjà les États. Démonstration.

Sous l’administration Obama, sous l’impulsion de Steve Case soutenu par le leader de la majorité républicaine d’alors Eric Cantor et épaulé par de précieux conseillers de la Maison Blanche comme Gene Sperling, Jeff Zlients ou Valérie Jarett, une législation intitulée the JOBS Act (JOBS étant l’acronyme de Jumpstart Our Business Startups Act) donna le coup d’envoi des programmes étatiques ayant vocation à aider les start up.

Rapidement imités, les Etats Unis virent des programmes leurs emboitant le pas éclorent un peu partout dans le monde.

  • En 2013, le Canada lança son Start-Up Visa Program autorisant à résider de manière permanente dans les pays, les fondateurs de start up souhaitant s’y installer.
  • Au Chili, le gouvernement lança un programme destiné à créer une Silicon Valey Chilienne baptisé Start Up Chile.
  • Des capitales européennes comme Londres, Helsinki, Stockholm ou Berlin s’efforcèrent de devenir attractives aux entreprisex du digital. Si bien que Londres damna le pion à San Francisco et devint la capitale du crowdfunding en 2013. Tandis que le gouvernement travaille depuis à l’évolution de sa législation pour faire de l’Angleterre la capitale mondiale de la fintech.
  • La Corée investit 2,9 milliards de dollars dans des start up.
  • La Chine annonça son ambition d’élever le nombre de ses citoyens hautement qualifiés à 180 millions à la fin de la décennie afin d’éviter que leurs plus brillants étudiants ne partent se former ailleurs pour finalement y créer leur entreprise hors de Chine.
  • Israël continua à s’affirmer comme la nation des start up par excellence.
  • L’Afrique suivit le mouvement avec notamment le Kenya et le Nigeria qui développèrent considérablement l’entrepreneuriat autour de l’innovation.
  • Plus étonnamment, Cuba, historiquement engagé dans un modèle socialiste hérité de la guerre froide, profita du digital pour faire sauter quelques verrous et permettre aux start up de dépoussiérer un peu son modèle atypique et pour le moins peu libérale.

De l’Australie à la Zambie, les gouvernements accélérèrent leurs efforts pour faire de leurs pays des zones dites start up friendly.

Si les USA ont perdu depuis peu leur leadership sur le monde, sans qu’un véritable nouveau leader lui aie succédé (n’en déplaise à République Populaire de Chine), devons-nous alors nous demander :

  • Si un autre Etat que l’Amérique deviendra le leader de la digitalisation en cours de l’économie mondiale ?
  • Si le leader de l’économie mondiale de demain sera encore un Etat ou plutôt une constellation de start up éparpillées géographiquement ?
  • Si les Etats Unis d’Amérique se verront bousculés par une nouvelle fédération, non plus d’Etats mais d’acteurs privés : les Start Up Unis… du monde entier ?

Détenir des actions dans telle ou telle start up reviendra t-il un jour à avoir un siège à l’Assemblée d’une nouvelle gouvernance mondiale. Auquel cas, les acteurs privés comme les entreprises elles-mêmes, largement plus riches que les particuliers, disposeront de plusieurs sièges à cette Assemblée et donc d’une influence accrue. Qui des états où de leurs entreprises s’immisceront le mieux dans ce nouveau jeu de pouvoir ? Et surtout, La France saura t-elle tirer son épingle du jeu ?

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