Barack Obama, Greta Thunberg, Malala Yousafzai, Steve Jobs, Julian Assange ou même Kim Kardashian ont un point commun. Ils sont inspirants. Attirant les regards, la lumière, l’argent et le pouvoir, les personnes inspirantes nous fascinent ou nous agacent, mais ne laissent pas indifférent. Pour mieux comprendre comment, Jean-Charles della Faille signe un nouveau livre dans lequel il démontre qu’il nous est possible de devenir inspirants à notre tour. Mais attention aux pièges. Interview.

 

 

Bertrand Jouvenot : Bonjour Jean-Charles della Faille, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

Jean-Charles della Faille : En 2013, j’ai quitté un métier que j’avais embrassé avec passion une vingtaine d’années plus tôt : la publicité. J’avais fait un burn-out en 2004 et, depuis, je n’y trouvais plus aucun sens – en avais-je jamais trouvé ? Au moment de me lancer dans l’inconnu, j’ai découvert la conférence TEDx de Simon Sinek qui allait – je m’en suis très vite rendu compte – changer ma vie. En l’écoutant, j’ai eu l’impression de m’entendre, de me voir. Sinek veut inspirer le monde. Moi aussi.

 

Alors j’ai commencé à aider des entrepreneurs à créer leur storytelling. Un storytelling qui fait du sens, qui soit juste, aligné à leurs valeurs et qui leur permette, in fine, d’être plus inspirants en interne et en externe. Mais aussi d’avoir une communication cohérente qui reflète vraiment qui ils sont et ce qu’ils font. A mesure que je travaillais pour et avec eux, j’ai compris que ma vraie passion était l’homme ou la femme derrière l’entrepreneur. Et plus les hommes et les femmes avec lesquels je travaillais étaient alignés à leurs valeurs – leurs vraies valeurs –, plus ils étaient inspirants et trouvaient du sens à leur projet de vie.

 

Après avoir publié « Vous êtes fantastique » en 2018, dans lequel j’expliquais comme s’aligner à ses valeurs, je voulais aborder ce thème de l’inspiration qui est, vous l’avez sans doute compris, une suite logique. Et aussi un de mes thèmes de prédilection.

 

 

BJ : Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

JCdF : Il n’y a pas vraiment une page du livre qui me représente le mieux. Alors permettez-moi de vous partager le premier chapitre.

 

Il suffit d’observer des enfants à la maternelle pour comprendre que certains ont déjà un ascendant sur les autres. Même si à cet âge leurs mots sont maladroits et leur vocabulaire réduit, on les écoute, on les suit. Ce ne sont pas forcément les plus grands, les plus costauds, ceux qui parlent le plus fort, mais ils ont ce petit plus qui les fait sortir du lot.

 

Ils sont respectés, enviés, protégés en cas de bagarre. On leur accorde de la valeur, on souhaite faire partie de leur cercle restreint, de leurs amis si possible, on rêve qu’ils daignent s’intéresser à nous, nous regardent, nous parlent, nous considèrent.

 

Dès qu’un inspirant nous accorde de l’attention, il nous donne par là même de la valeur. Soudain, nous existons. Comme si, en faisant irradier son aura sur nous, il nous en offrait un petit échantillon.

 

Les inspirants ont en eux un feu qui couve et les transcende, une puissance que l’on ressent, qui fait frissonner parfois, agir souvent. Ils rayonnent. Cela ne signifie pas qu’ils touchent tout le monde, ni que leur effet est général, mais leur influence est réelle.

 

Paradoxalement, cette influence peut les rendre clivants. On les aime ou on les déteste, parfois même on aime les détester ou on déteste le fait de les aimer. Ils ne laissent personne indifférent. C’est plus fort qu’eux. Mais surtout, ils fédèrent, rassemblent, font bouger les lignes et les foules, changent les comportements.

 

Qu’ils soient célèbres ou inconnus, ils incarnent quelque chose – le changement, la modernité, l’humour, etc. – qui les rend intrigants, fascinants ou même détestables. Et de façon consciente ou inconsciente, les inspirants veulent nous transmettre ce quelque chose. Par des mots et des actes. Par leurs décisions de faire ou de ne pas faire telle ou telle chose. De défendre ou de fustiger tel ou tel mouvement.

 

Les inspirants deviennent des leaders naturels – des dirigeants. Pour autant, tous les leaders inspirants ne deviennent pas des patrons, et tous les patrons ne sont pas des leaders inspirants. On peut être inspirant et ne pas avoir envie d’être le supérieur de qui que ce soit ni de prendre de quelconques responsabilités. Cela ne nous empêchera pas d’avoir une influence naturelle sur notre entourage. On deviendra alors une autorité morale, voire un mentor.

 

Tel un super-héros, un inspirant semble avoir des superpouvoirs. Au lycée, nous pouvons par exemple exécrer l’Histoire, la physique ou les mathématiques jusqu’au jour où nous tombons sur un professeur inspirant, capable de nous faire aimer la matière honnie. Et cela peut changer notre vie.

 

Il y a quelques années, le fils d’une amie devait recommencer une année de lycée parce qu’il avait échoué en mathématiques. Sa mère a préféré lui faire suivre un cursus spécial permettant de boucler trois années en une – appelé Grand Jury en Belgique. Grâce à une pédagogie adaptée à sa personnalité et à un enseignant inspirant, le fils de mon amie a terminé sa scolarité avec un an d’avance, en retrouvant le goût pour les mathématiques. Il s’est ensuite dirigé vers des études universitaires d’ingénieur – particulièrement poussées en mathématiques – qu’il a entamées et réussies. Il a été inspiré par un « super prof ». Évidemment, on ne transformera pas un cancre en génie, mais avant de le déclarer nul, essayons au moins de l’inspirer.

 

Des exemples de personnes inspirées et inspirantes, il y en a pléthore autour de nous. Un proche malade qui se bat en conservant son sens de l’humour nous inspirera le courage. Un entrepreneur qui réinvente les règles de son marché nous inspirera l’audace et la créativité. Une infirmière qui passe du temps à calmer un enfant hospitalisé nous inspirera la gentillesse et la patience.

 

Les inspirants sont des exemples au quotidien.

 

Parmi eux, certains se démarquent de façon exceptionnelle, et leur vie, remarquable, a une influence sur des milliers voire des millions d’autres. En effet, l’inspirant à l’origine d’un mouvement crée ce qu’on pourrait appeler une jurisprudence car il y a un avant et un après – depuis Barack Obama, par exemple, avoir un président noir au États-Unis semble tout à fait possible alors que cela paraissait utopiste pour de nombreux Américains avant lui. Mais ce n’est pas toujours positif. Ainsi, si la vie de certains inspirants est remarquable, c’est uniquement dans le sens où elle sort du lot.

 

Ces inspirants-là sont des modèles. Ils sont copiés, imités, clonés. Leurs fans veulent s’identifier à eux, être eux, par tous les moyens, qu’ils soient vestimentaires, capillaires, physiques ou comportementaux. Songez aux maillots des joueurs de football vendus à leur nom avec leur numéro fétiche, aux coupes de cheveux des stars de cinéma, aux vêtements à la mode des leaders d’opinion au lycée, et aux gestes comme « la pose de l’éclair » de l’athlète Usain Bolt ou le tristement célèbre salut nazi. L’inspiration rend beau. Le chanteur britannique Freddie Mercury, l’acteur français Louis de Funès ou l’animatrice de télévision américaine Oprah Winfrey ne sont pas venus au monde avec un physique exceptionnel, mais ils attirent le regard car leur faculté à inspirer les fait rayonner.

 

 

BJ : Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

JCdF : Il ne s’agit certainement pas d’une tendance émergente mais il me semble que les années à venir vont voir fleurir dans les écoles des « cours du sens », dans les entreprises des « Managers du sens » – en remplacement des « Happiness Managers » qui sont trop souvent là pour combler les manquements de la direction – et même dans les gouvernements des « Ministères du sens ». On conjuguera plus volontiers nos vies au verbe être plutôt qu’au verbe avoir. Et nous évaluerons notre réussite non plus en mesurant ce que nous aurons amassé mais en évaluant la façon dont nous aurons contribué.

 

Oui, je crois fermement que la contribution sera l’étalon de mesure de demain. Pour le bien de tous. La pandémie que nous vivons actuellement nous démontre que nous sommes tous dans le même bateau. C’était aussi idiot de penser que le Coronavirus n’était qu’une vilaine grippe, dont certains allaient pouvoir échapper comme par miracle, que d’affirmer que le réchauffement climatique pourra être résolu avec la technologie, et donc par les riches qui pourront se la payer.

 

Trouver ou donner du sens aux choses et à nos existences, dans un monde fini en proie à la surpopulation et au changement climatique, sera la seule chose qui pourra nous sauver du chaos. Nous y viendrons tôt ou tard de façon généralisée.

 

BJ : Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

JCdF : Alignez-vous à vos valeurs. Vraiment. Avec la crise du COVID-19, de nombreuses personnes cherchent davantage de sens à leur vie. C’est le moment. Ce sens, vous l’avez compris, vous pouvez le trouver en vous alignant à vos valeurs et en les incarnant, concrètement, dans vos paroles et vos actes au quotidien.

 

Le mot sens en a d’ailleurs deux : signification et direction. C’est précisément ce que vos valeurs vous permettent de définir : en quoi ce que vous faites « signifie » quelque chose pour vous, et quelle direction donner à votre contribution.

 

BJ : En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

JCdF : Les visionnaires.

 

BJ : Merci Jean-Charles

 

JCdF : Merci Bertrand

 

Propos recueillis par Bertrand Jouvenot | Conseiller | Auteur | Speaker | Enseignant | Blogueur

 

Le livre : Tout le monde peut être inspirant, Jean-Charles della Faille, Dunod, 2020

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