La capacité de l’humanité à inventer de nouvelles choses semble avoir dépassé sa capacité à les maîtriser. Saurons-nous trouver une antidote à la sur-utilisation prévisibles de nos données personnelles, par les entreprises, que l’avenir digital nous présage ? Mais surtout, saurons-nous rester les maîtres d’un nouveau monde en construction ?

 

Aujourd’hui il nous faut parfois une décennie pour simplement développer le consensus social permettant de domestiquer une nouvelle technologie. A titre d’exemple, il est probable que nous parviendrons à nous mettre d’accord sur l’attitude à adopter, les règles à se donner et les écueils à éviter concernant le twittering, comme nous l’avons fait avec les téléphones mobiles en adoptant le mode vibreur.

 

Qu’en est-il de nos données ?

Nous enfantons des données et donnons des enfants au monde digital

Mais qu’en est-il de la data ? Les données sont partout et semblent avoir pris dans nos vies plus de place encore que nos animaux de compagnies. Leur prolifération pause suffisamment de questions pour que l’on s’interroge. Si des technologies désormais anciennes telle l’informatique, le Web ou la téléphonie mobile ont su trouver des antidotes comme respectivement, les anti-virus, les filtres parentaux ou les vibreurs, quels seront leurs pendants pour la data ?

Certes des solutions se sont déjà développées pour protéger nos vies privées telle Ghostery dont le succès n’est plus à rappeler, le navigateur Tor ou encore l’application Telegram, mais plus fondamentalement, quel consensus social saurons-nous trouver collectivement, pour organiser notre réaction ? Si les datas sont nos nouveaux animaux de compagnies, il nous appartient de les domestiquer, de rester les maîtres plutôt que de les subir.

La civilisation digitale passera par une domestication des datas.

 

Une question de moins en moins virtuelle

Le monde virtuel sera le théâtre d’un nouvel affrontement entre le bien et le mal

Et que penser de l’arrivée en fanfare de la réalité virtuelle, de la réalité augmentée ou de la réalité mixte ?

Les nouveaux mondes, dans lesquels nous interagirons avec des réflexes et des habitudes hérités de la vie bien réelle et qui sait, offriront de nouvelles tentations rendues possibles par la virginité des mondes virtuelles (en termes de règles de comportements, de modes de conduites, de conventions sociales, de mœurs, de valeurs et même de lois) se développent à grands pas.

Telle une boîte de nuit dans laquelle une personne, encore jeune bien que majeure, entrera pour la première fois avec tout l’espoir que génère un monde nouveau, encore interdit il y a peu, réservé à celles et ceux à qui l’on rêvait de ressembler pour grandir enfin, le monde virtuel sera peut-être une nouvelle mosaïque de lieux investis par l’homme, mais dénués des fondamentaux qui permettent une vie en société civilisée.

Un nouveau volet civilisationnel est là encore à imaginer.

 

Retour vers le futur

Kowloon’s Walled Cities – Des enfants, juchés sur les toits, s’amusent à viser les avions au lance pierres

Nul point de comparaison n’existe à ce jour pour tenter d’anticiper ce qu’il en sera vraiment. Cependant, la Chine, dans sa folle course à l’urbanisation galopante à accouché de phénomènes urbains radicalement nouveaux, pouvant peut être nous aider à mieux nous projeter. Contre toutes attentes, les dérives de l’urbanisation chinoise, bien réelles, préfigurent peut-être celles du monde virtuel encore en construction.

D’un côté, des villes officielles comme Shenzhen, surnommée la ville sans mémoire, puisqu’elle n’a que quelques dizaines d’années et qu’aucun de ses habitants n’est originaire de la ville. Une ville gigantesque (10 millions d’habitants) qui pose énormément de questions en termes de sécurité, d’infrastructures, d’éducation, de règlementation… Le monde virtuel sera-t-il lui aussi à organiser ?

De l’autre côté, des villes officieuses comme Kowloon’s Walled Cities, véritable anomalie historique, qui en 1898 fut exclue du territoire de Honk Kong qu’elle jouxte, par l’Empire Britannique. Laissée donc sans aucun gouvernement et livrée à elle-même, cette minuscule île se développa dans un chaos composé de 33 000 familles oscillant entre business, écoles, enfants se déplaçant en sautant d’un toit à l’autre, tripots, jeux d’argent, trafic d’opium, refuges de hors la loi, triades… Kowloon Walled Cities a été rasée depuis. Certains mondes virtuels devront-ils eux aussi être éradiqués ?

Entre les deux, des villes comme Kangbashi, construite à partir de zéro au coeur de la Mongolie pour accueillir une population d’un million d’habitants d’ici 2023. Une population qui ne s’y installera pas, ce qui a conduit le gouvernement Chinois à revoir ses projections à 300 000 habitants, pour cette ville fantôme comme tant d’autres en Chine, comprenant désormais des quartiers entiers de gratte-ciels entièrement vides, de bâtiments administratifs désertés, de silences angoissants. Des mondes virtuels feront-ils eux aussi l’objet d’une désertification ?

 

Si la première version de Blade Runner fut tourné dans un décor, futuriste à l’époque et ressemblant à certains quartiers de l’actuelle Hong Kong, il convient de se préparer à évoluer dans les nouveaux décors, d’un monde en pleine digitalisation, et dans son pendant virtuel en pleine construction, où il nous appartient de ne pas nous cantonner au simples rôles de figurants, au sein d’une super production remplie d’effets spéciaux, pour mieux combler un scénario faible.

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