Le digital impacte absolument tout. Une affirmation pas si vraie que cela. L’art semble encore relativement épargné par la révolution numérique. Si le digital s’immisce partout, voyons néanmoins ce qu’il pourrait apporter à l’art en général et au street art en particulier. Inspiration.

Pourquoi l’art résiste au digital qui pourtant semble capable de tout emporter sur son passage? Un premier élément de réponse se situe dans l’élaboration du film Minority Report. A l’époque Steven Spielberg cherchait à échafauder un scénario plausible pour décrire notre monde de tous les jours en 2050. Il réunit donc un groupe de futuristes et d’experts en technologies et en innovation. Il leur assigna comme mission de définir à quoi ressembleront une chambre à coucher, des toilettes publiques, un magasin d’alimentation, un bureau, un commissariat, etc. dans le futur.

Un consensus émergea rapidement autour de l’idée selon laquelle le corps humain tout entier servirait à l’homme pour interagir avec des machines, des écrans… L’un des membres du groupe, John Underkoffler du MIT Media Lab travaillait alors au prototypage d’une machine permettant à l’homme d’interagir avec un écran en bougeant tout son corps. C’est cette expérimentation alors en cours qui fut mise en scène dans le film, offrant à Tom Cruise l’occasion d’enfiler un gant de réalité virtuelle, d’accéder à des montagnes de données criminelles, de commander un écran avec son corps, de se mouvoir tel un chef d’orchestre et de marquer nos mémoires. Six ans plus tard, ce fut le tour de Tony Stark, dans Iron Man, d’utiliser ses bras comme des moyens de générer des environnements virtuels et d’attraper littéralement des datas, tels des objets physiques, comme s’il portait un gant de base-ball.

Ne laissons plus le futur entre les mains des scientifiques uniquement et mettons le, du moins le temps de cet article, entre celles des artistes. Imaginons ce qu’il adviendrait de nos villes futures, déjà rebaptisées d’avance smart cities, si nous demandions aux artistes suivants de faire leur numéro devant un écran comme celui de Minority Report, actionnable par les gestes :

  • Le Mime Marceau faisant son numéro devant la vitre.
  • Elvis Presley jouant de son déhanché qui choqua l’Amérique puritaine de l’époque.
  • Jimmy Hendricks mettant le feu à sa guitare après en avoir jouée avec les dents.
  • Joe Cocker bougeant maladroitement ses bras trop raides.
  • James Brown pivotant sur lui-même.
  • Michael Jackson effectuant son moon walk.
  • Angus Young tournant sur lui-même, allongé par terre, en réalisant un solo de guitare.
  • Jamiroquaï dansant avec souplesse et nonchalance.
  • Madonna chantant la tête en bas.
  • Sia chantant dos au public et donc à l’écran.
  • Stromae imitant un automate.
  • Psy dansant au rythme de son Gangnam Style.
  • Des hologrammes de danseurs de techtonik envahissant la ville.
  • Des yamakasi bondissant d’un immeuble à l’autre
  • Des danseurs de hip hop s’adonnnant à des battles…

A l’heure de la smart city, à quoi ressembleront nos villes si les artistes s’en emparent, assistés de technologies, tout comme ils se sont emparés des murs de nos immeubles pour y apposer tag, graphs et autres créations de street art ?

Paris, France
Printemps 2019