L’avenir qu’on nous promet repose sur les nouvelles technologies et notre capacité à exploiter les données que le digital produit à foison. Cependant, ce gisement de data pourrait venir à se tarir pour des raisons aussi basiques qu’inattendues. Faut-il se préparer à une économie capable de fonctionner sans plus aucune donnée ?

 

On ne présente plus Nicholas Negroponte, pionnier de l’Internet, auteur du livre Webonomics et directeur du Media Lab du MIT.

On ne peut pas non plus oublier certaines de ses remarques devenues cultes dans le monde digital comme celle-ci, formulée en 1990 :

« L’urinoir des toilettes pour hommes est plus intelligent que mon ordinateur étant donné qu’il sait quand je suis là et qu’il tire automatiquement la chasse quand j’ai terminé. Tandis que mon ordinateur ignore complètement si je suis assis ou non en face de lui ».

Le digital invalide aujourd’hui ces propos sans leur retirer leur caractère humoristique et provocateur. Si encore beaucoup de tablettes, de téléphones ou d’ordinateurs ne savent pas si leurs propriétaires les utilisent ou non, les récents smartphones (dans la foulée du Samsung Galaxy) intègrent des fonctionnalités d’eye-tracking permettant à la machine de s’adapter à l’usage qu’on fait d’elle. Le digital, à grand renfort d’eye-tracking et d’expériences utilisateurs sans arrêt améliorées, innove :

  • En anticipant l’affichage de l’itinéraire vers le magasin dont nous recherchons les horaires d’ouverture de ce jour.
  • En comprenant les difficultés d’un internaute à trouver la section qu’il cherche sur un site web, afin de pouvoir en améliorer l’ergonomie.
  • En faisant apparaître la page d’envoi d’un message de LinkedIn, à un utilisateur qui écrit quasi systématiquement un message aux personnes dont il a consulté le profile plus de 55 secondes.
  • Etc.

Mais les données, sans lesquelles rien de tout cela n’est possible, ne seront peut-être pas éternellement disponibles.

  • Sur le plan purement physique, l’énergie nécessaire au fonctionnement de tout ce petit monde de machines (électricité, batteries au lithium, etc.) n’est elle-même pas infinie.
  • Du côté politique, Donald Trump propose de « fermer » Internet pour empêcher le recrutement de futurs djihadistes, Bruxelles songe à interdire l’accès des réseaux sociaux aux moins de 16 ans… de quoi réduire le nombre de données exploitables sur les uns, par les autres.
  • De son côté, l’écologie pourrait s’inviter dans le débat en nous rappelant que le digital est une industrie hyper polluante (voir notre article intitulé : De quelle couleur est le digital ? Et si c’était le vert ?) et conduire à contingenter notre usage des nouvelles technologies.
  • Les utilisateurs pourraient en venir à opter pour des outils de protection de leurs données (Ghostery), de déconnexion temporaire (au moyen d’applications comme Wisdom), ou utiliser des applications conçues pour apporter de la confidentialité (Telegram) ou choisir un téléphone sécurisé (HOOX d’Atos), voire à adopter la digital detox.

 

Le titre magnifiquement trouvé et qui fit date du livre Webonomics, expliquant comment et pourquoi le web allait créer une nouvelle économie, a finalement inspiré un autre ouvrage : Datanomics, puisque les données elles aussi participeront largement à l’édification de cette nouvelle économie, qui s’en alimente et repose sur leur exploitation. Faudra-t-il écrire un troisième ouvrage dont le titre est tout trouvé : Nodatanomics ?

 

Paris, France
Automne 2018

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