Les acteurs du Web se plaisent à rappeler combien leur industrie évolue plus vite que les autres. Ils aiment également faire valoir leurs accointances avec les Etats-Unis, leur adhésion à certains idéaux américains et leur familiarité avec l’anglais.

Que cela ne leur fasse pas oublier qu’une autre révolution est en marche et de taille : la bombe démographique. Qu’on le veuille ou non, la surface de notre globe compte aujourd’hui quatre fois plus d’habitants qu’il y a une centaine d’années.

Comme tout ceci est sérieux ! Détendons-nous un peu en jouant au jeu des devinettes :

 

Séance culture générale :

Question : Quelle était la langue officielle de la diplomatie, dans le monde, au début du vingtième siècle ?

Réponse : le français.

Depuis l’Anglais s’est imposé avec la montée en puissance des USA qui à leur tour perdront peut-être un jour le privilège de voir leur langue si considérée au Quai d’Orsay.

 

Séance digitale :

Question : Quelle est la langue dominante sur le Web aujourd’hui ?

Réponses : l’anglais.

Question : Sur la base de quelle langue les algorithmes des moteurs de recherche d’Internet ont été développés ?

Réponse : l’anglais.

 

Séance prospective :

Question : Quelle sera la langue majeure du Web dans vingt ans ?

Réponse : __________________

Vous donnez votre langue au chat ? Nous aussi. Nous l’ignorons et nous ne pouvons que conjecturer.

Cependant la question mérite d’être étudiée sérieusement à cause des langues tonales. Ce sont les langues dans lesquelles la prononciation des syllabes d’un mot est soumise à un ton (hauteur et modulation) précis. Une modification de ce ton pouvant alors prononcer un autre mot et donc avoir un autre sens.

En Chinois, un même mot prononcé différemment peut quasiement permettre à un individu qui en accueille un autre chez lui, de lui dire successivement avec le même mot :

« Bonjour. »

« Bienvenue. »

« Je suis ravi de te voir ! »

« Tu as l’air en forme. »

« Entre. »

« Mets-toi à l’aise. »

« Fait comme chez toi. »

La majorité des langues du monde sont tonales (ce fait est souvent ignoré en Occident parce que ce procédé est très rare chez nous). On peut citer, parmi les plus célèbres, plusieurs langues d’Asie du Sud-Est et d’Extrême-Orient, dont le Chinois.

Les langues tonales ne peuvent donc se comprendre pleinement avec la simple maîtrise de leur alphabet ou de leur écrit.

 

Séance réflexion :

Question : Google sait-il comprendre les tonalités (forcément orales) de la langue Chinoise avec ses robots qui lisent mais n’entendent pas ?

Réponse : non, si nous en croyions les nombreuses tentatives que nous avons effectuées auprès d’une population d’étudiants Chinois à laquelle nous enseignons. Non si l’on observe la part de marché de Google en Asie.

 

Séance conclusion :

Question : Qui a distingué les civilisations, les cultures et les races en utilisant le fait qu’elles appartenaient tantôt à des traditions orales ou tantôt à des traditions écrites ?

Réponse : Claude Levi Strauss dans Race et histoire[i].

Question : Qui se demande si l’écrit qui fut longtemps le symbole de la supériorité culturelle, ne pourrait pas devenir un handicap digital pour un Occident toujours enclin à donner le la de la globalisation au reste du monde, avec Internet comme cheval de Troie.

Réponse : Nous

Question : Qui a dit que ce qui fut vrai du web lorsqu’il était tourné vers l’Occident, ne le serait pas nécessairement lorsqu’il se retournerait vers l’Orient.

Réponse : Nous.

 

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Extrait du livre Concentrés de futurs, ouvrage collectif co-signé par Bertrand Jouvenot, paru aux Editions Kawa en mars 2014, broché, 28€45.

 


[i] Claude Levi Strauss, Race et histoire, Gallimard, 1987.

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