Les raisons qui poussent à écrire un livre sont plus inattendues qu’on ne le croit mais surtout, chaque livre a sa propre histoire : un élément déclencheur, une rencontre, une idée, une épreuve… venant souvent faire émerger ce qui sommeillait chez son auteur.

 

 

Ecrire un livre pour se faire connaitre, pour formaliser sa propre réflexion, pour asseoir sa légitimité dans un domaine, pour vendre du conseil, pour partager, pour transmettre ou pour flatter son ego, sont les raisons les plus souvent invoquées pour expliquer la rédaction d’un ouvrage.

Nous concernant, chacun de nos cinq livres ont une raison d’être et un destin si différent, et surtout si éloignés des sentiers battus, qu’il nous a semblé utile de le partager, espérant créer ou conforter des vocations.

 

Le syndrome de l’imposteur

Mon premier livre s’est écrit après un début de carrière prometteur et des expériences professionnelles réussies. Un démarrage précoce dans le digital, en 1997, m’ayant donné une longueur d’avance, je me suis trouvé aspiré vers le haut, accédant à des postes que je n’aurais pas atteints si vite autrement, me voyant confier des responsabilités importantes très tôt. A l’époque, j’en contractai comme une culpabilité. Pourquoi avais-je le droit à tant de prérogatives ; côtoyer autant de professionnels de très bons niveaux auprès desquels j’apprenais tant, intervenir dans des comités de direction, être impliqué et participer activement aux réflexions stratégiques, être consulté, courtisé, considéré… J’étais en plein syndrome de l’imposteur, pensant que je ne méritais que partiellement ce que je vivais et que je le devais pour beaucoup à la simple avance que j’avais alors dans les sujets numériques et aux talents de mes supérieurs hiérarchiques qui avaient bien voulu me donner une chance.

L’envie de restituer aux autres ce que j’avais appris, dans des conditions privilégiées, émergea. L’écriture m’apparut comme une solution. Mon premier livre venait de naître dans ma tête. Avec seulement un synopsis, un concept original et quelques premières pages rédigées, je signais mon tout premier contrat d’auteur. Mais l’éditeur repoussa étrangement la publication du livre, avant de finalement  faire faillite. Une autre maison d’édition se saisit de l’opportunité, me fit retravailler partiellement le manuscrit pour finalement rompre le contrat que nous avions, trouvant le concept trop original en définitive. Le troisième éditeur fut le bon. J’en ressortis convaincu que je n’écrirais plus jamais de livre. Un point que contredirent mon éditeur, des auteurs auprès de qui j’avais pris conseil et certains lecteurs, à l’époque. Sa traduction en chinois et en coréen ne me firent pas changer d’avis pour autant.

 

Un voyage en Inde

Mon second livre naquit en Inde où je voyageais entre deux jobs. Je pratiquais alors le jiu-jitsu et m’intéressais au jiu-jitsu brésilien qu’incarnaient alors les champions de la famille Gracie. Assis au bord du Gange, dans ce pays où germa la religion de la non-violence par excellence, le bouddhisme, et où Gandhi libéra son peuple du joug britannique par la non-violence, l’idée me vint d’un livre qui partirait de la non-violence pour étudier ce que nous pourrions en faire en entreprise. Le squelette de mon second livre fut donc écrit en Inde. Sa traduction récente en japonais et en brésilien, due sans doute à l’incroyable aventure que ce livre connut avec Lauri, me ravirent . Une fois de plus, j’imaginais qu’il s’agissait du dernier livre que j’écrirais.

 

La mode épinglée

L’univers de la mode fut le théâtre dans lequel mon troisième livre s’écrivit. Alors étudiant en Executive MBA de l’IFM, je ne pouvais que constater combien le digital créait des opportunités et des menaces pour les marques de mode et de luxe. Encouragé par la directrice du programme et quelques enseignants, je repris la plume pour rédiger un nouveau livre, dont le succès auprès des étudiants en école de mode ne se dément toujours pas.

 

Une co-écriture avortée

Quand le téléphone sonna, j’étais convaincu que je n’écrirais plus aucun  livre. Mais c’était le fondateur d’un média digital, l’un de mes tout premiers collègues. Il souhaitait écrire un livre mais n’envisageait pas de le rédiger seul. La co-écriture m’avait toujours taraudé, même si je l’imaginais davantage avec une femme, sans bien savoir pourquoi d’ailleurs. Sachant bien qu’une écriture à plusieurs signifie toujours que l’un rédige plus que l’autre, je m’élançai dans la rédaction de différents chapitres délibérément très courts et très différents pour « encercler » mon co-auteur afin de l’obliger à resserrer sa propre pensée et à mettre en mots ses intuitions. Le temps passa et de quoi faire un livre était là, sans que mon partenaire n’ait beaucoup écrit, faute d’un agenda professionnel trop rempli. Nos calendriers respectifs allaient d’ailleurs rendre difficile de faire plus. Nous étions dans l’impasse. Une solution fut trouvée. Je réaménagerais le livre, nous le publierions sous mon seul nom et mon partenaire en ferait une promotion originale, en relayant une opération de book-crossing sur son magazine en ligne et nous partagerions les recettes des ventes. Sorti en français et en anglais grâce à une astuce d’éditeur, le livre fit le tour du monde.

 

Une soif de nouvelles saveurs

Contacté par un éditeur pour rédiger un livre sur le digital destiné à paraître dans une collection d’ouvrages pratiques, je repris la plume à peine sèche, que le destin m’interdisait décidément de poser pour de bon. Des différences de vues, des contraintes éditoriales trop lourdes, un interventionnisme très fort de l’éditeur, une volonté affichée de vouloir à tout prix faire entrer ce livre consacré au digital dans le moule d’une collection où il ne pouvait pas trouver sa place, eurent raison de cette collaboration. Le livre ne resta pas rangé au fond d’un tiroir. J’endossai des habits de chef cuisinier et en fit un ouvrage de recettes digitales, aux allures de livre de cuisine. La préface que lui consacra Anne-Sophie Pic fut un régal.

 

Cinq livres, cinq éléments déclencheurs sans rapport, des motivations éloignées, cinq destins singuliers. Parce que chaque livre est unique, bon ou mauvais, écrit par un génie ou par un homme plus ordinaire tel que nous, orné d’une couverture faisant apparaître notre nom et pourquoi pas, le vôtre bientôt. Ce jour-là, dites-le-moi. Qui sait, j’en écrirai peut-être la préface ?