Organiser ses idées au milieu d’une monde en pleine évolution qui nous impose chaque jour de faire de plus en plus de choses à la fois… En voilà un défi ! Et si un outil simple et puissant permettait d’y arriver ? Cet outil existe. Il s’agit de la carte heuristique que Frédéric Le Bihan a largement contribué à populariser. Interview à l’occasion de la parution de la quatrième édition de l’ouvrage de référence en la matière.

1. Bonjour Frédéric Le Bihan, pourquoi avoir écrit ce livre … maintenant ?

Il y a 17 ans, nous étions quatre passionnés de carte heuristique qui se sont rencontrés.

Deux ans plus tard nous produisions le premier livre sur le sujet écrit par des francophones.

Nous avions trois objectifs :

  • Faire connaitre un outil simple et puissant à usages multiples capable d’appréhender la complexité de la pensée ;
  • Concevoir un ouvrage essentiellement pratique pouvant être lu en deux heures à bord d’un TGV ;
  • Partager nos expériences.

Aujourd’hui nous en sommes à la quatrième édition.

Nos ventes dépassent les 50 000 exemplaires en France et autant à l’étranger, notamment en Espagne, au Japon, au Vietnam et en Corée. Une traduction en chinois est prévue pour cette année.

La quatrième édition profite de la refonte de la collection Dunod. Elle évolue vers une mise en page plus aérée, avec un graphisme moderne et des dimensions favorables à des apports visuels. Cet ouvrage est aujourd’hui la référence francophone sur le sujet.

2. Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

Aujourd’hui, c’est la démarche heuristique qui est l’objet de ma réflexion et de mes recherches. Sans la démarche, l’outil “carte heuristique” peut être utilisé de façon réductrice.

Je distingue trois niveaux logiques : celui de l’intention, de la méthode et de l’outil.

  • l’intention, elle peut être orientée vers la résolution de problème, la créativité, l’apprentissage, la clarification, le projet etc.

 

  • la méthode est un process qui permet de mettre en œuvre la démarche, elle lui permet d’avoir une forme et une chronologie. Par exemple, la méthode du brainstorming est au service d’une démarche créative ou de résolution de problème

 

 

  • l’outil, enfin, permet à la méthode d’exprimer une production, comme un post-it ou une carte heuristique pour le brainstorming.

La carte est donc un outil, pas une méthode. La carte heuristique est au service d’une méthode. Si on vous explique un jour la façon de piloter un projet avec une carte, ce sera une façon de gérer un projet, et non La façon de gérer un projet avec une carte.

3. Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

Je crois à la simplicité, au vide et au silence en réponse à un environnement complexe, plein et bruyant en matière d’information.

La simplicité implique d’aller à l’essentiel et redécouvrir les vertus de l’humilité devant la tâche à accomplir qui doit être découpée.

Le vide réclame le renoncement pour gagner en espace, être disponible pour percevoir et être sensible à nouveau à ce que nous sommes et à ce qui nous entoure.

Le silence exige de prendre le temps pour faire un pas de côté et s’isoler du bruit ambiant et assourdissant qui nous fatigue et consomme beaucoup d’énergie.

4. Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

Je passe une grande partie de mon temps dans les organisations, où les moyens sont confondus souvent avec les objectifs.

On révise son organisation suivant le nouveau concept de management.

On s’équipe de nouveaux outils miraculeux.

On s’applique à déployer des méthodes révolutionnaires, mais on ne se pose pas vraiment pour clarifier les objectifs et les résultats attendus.

La carte peut être un outil précieux pour mener ce type de réflexion qui réclame que nous soyons vraiment connectés à notre intention et non pressés de ressembler à ceux qui nous entourent.

La carte heuristique est un moyen de valoriser notre sens critique et notre autonomie de penser.

5. En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

Observer des sportifs et des artistes confirmés m’a questionné sur la façon dont la performance est envisagée et sur la façon dont on la réalise.

J’ai observé chez eux l’importance donnée à l’expérience. Elle représente l’essentiel de leur apprentissage. L’expérience est une matière première précieuse pour eux. Ils la préparent et ils l’explorent pour mieux comprendre et optimiser le geste. Ils apprennent en ajustant et en répétant.

Deux phases sont essentielles pour cela, la préparation et le retour d’expérience. Ce sont les deux sujets sur lesquels je travaille actuellement. L’usage de la carte heuristique est efficace pour se préparer et capitaliser sur l’expérience, elle facilite l’explicitation nécessaire à ce travail.

Je constate dans les organisations un défaut de préparation, ne serait-ce que pour un simple rendez-vous ou une réunion. J’observe également une quasi absence de retour d’expérience sauf dans des secteurs d’activité à risque qui l’ont intégré dans leur culture. Je vois là deux gisements de productivité sous exploités.

Or, la carte heuristique est d’une efficace redoutable pour se préparer. Et elle facilite l’explicitation permettant de capitaliser sur l’expérience. 

Merci beaucoup, Frédéric.

Le livre : Organisez vos idées avec le Mind Mapping, Frédéric Le Bihan, Jean-Luc Deladrière, Pierre Mongin, Denis Rebaud, Dunod, 2019.