La sédentarisation est sommes toute assez récente, au regard de la longue histoire de l’homme, depuis son apparition sur terre jusqu’à aujourd’hui. Le digitale pourrait bien sonner l’heure d’un retour à une nouvelle forme de nomadisme.

L’humanité entière a été nomade pendant des millénaires. C’est au cours de la période dite du Néolithique, entre l’an 5000 et l’an 2000 avant Jésus-Christ, que les hommes se sont sédentarisés. De là sont nées les cités, puis les cités-états, puis les royaumes et les empires, jusqu’aux Etats-Nations. Depuis, l’état sédentaire est la norme mondiale.

Pourtant nous sommes redevenus des nomades, différemment, mais des nomades quand-même.

Les premiers internautes se sont tout d’abord agrégés sur des sites de pages perso comme Geocities, Tripod, iFrance. Leurs ancêtres venaient de Mygale. Puis ils ont fini par migrer vers MySpace pour rejoindre une masse d’individus plus importante. Puis ils ont voyagé pour s’installer, sans doute qu’un temps sur Facebook. Plus tard, Twitter est devenu la nouvelle terre promise. Ensuite FourSquare est apparu comme un eldorado, avant que nous n’apercevions au loin un territoire encore inexploré et prometteur : Google +.

Sur la route, le flux des nomades a essaimé de multiples autres communautés comme Linkedin, Viadeo, Plaxo, Wayn, Pure People, A Small World, The Sphere, Luxury Society… Nous avons plusieurs adresses e-mail, parfois trois numéros de téléphone, une multitude de « noms d’utilisateurs » et de « mots de passe », un numéro Skype, un vieil UIN de l’époque d’ICQ, les codes d’un ancien compte FTP, plusieurs pseudo pour l’instant messaging, quand ce n’est pas différents avatars…

En réalité, nous suivons des mouvements de foules. Comme nos ancêtres qui suivaient des troupeaux d’animaux pour les chasser et se nourrir, ou qui se déplaçaient en fonction des saisons, nous migrons. Nous circulons d’un lieu à l’autre, sans arrêt, toujours en mouvement. Nous sommes devenus des D.H.L. : Digital Home Less.

La période du Néolithique fut cruciale. C’est à cette époque que l’homme inventa l’agriculture. Avant la sédentarisation, cultiver n’avait aucun sens, puisqu’il faut bien attendre que les légumes poussent pour les cueillir, ce qui est contradictoire avec le nomadisme. Et pour cultiver, l’homme inventa aussi la métallurgie, afin de labourer la terre.

Et nous, quelles grandes inventions apporterons-nous à la communauté humaine, grâce à ce nouveau nomadisme ?

__________________________

Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot, paru aux Editions Kawa en mars 2013, 278 pages, broché, 29€99.

__________________________

Share