Les rapports publiés par le Sénat révèlent le désarroi intellectuel et technique dans lequel se trouvent ses membres, qui doivent pourtant valider les lois destinées à encadrer des phénomènes introduits par le numérique. Une occasion manquée pour le Palais du Luxembourg d’affirmer davantage son autorité.

 

Un examen, même rapide, des dernières publications du Sénat consacrées au numérique ou à des sujets qu’il impacte (éducation, santé, culture…) fait ressortir combien nos sénateurs ont manifestement saisi certains des enjeux du numériques mais en ont oublié d’autres.

Parmi les problématiques dans le radar du Palais du Luxembourg figurent la culture, l’aménagement du territoire, la protection du consommateur, la modernisation, la cyber sécurité, le rôle de l’Union européenne… Au rang des thématiques qui ne semblent pas à l’étude, on compte les crypto-monnaies, la souveraineté, la santé, la protection des mineurs, le dark net, la vie privée, l’IA, l’IOT, etc.

La pierre n’est peut-être pas à lancer au Sénat, grandement tributaire de l’Assemblée Nationale, pour ce qui est des lois et donc forcément influencé dans les orientations de ses propres travaux. Cependant, en qualité de contre-pouvoir potentiel aux propositions de lois émanant du Palais Bourbon, il aurait intérêt à muscler sa compréhension du numérique afin de tenir son assemblée en respect. Au contraire, le Sénat s’enferre et se réfugie dans une posture, certes légitime, de contrôle. Une attitude qui ne poserait pas problème si nous étions absolument certains que les textes et les institutions sur lesquels repose la Cinquième République, malgré leur robustesse et leur capacité à surmonter les épreuves dues à un monde qui change, puissent encore y parvenir.

 

Tapis dans l’ombre des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) de l’Empire du Milieu observent avec attention comment les premiers parviennent déjà à changer les règles du jeu, pour mieux en tirer profit un jour. Mais nos illustres sénateurs, avec leur éducation, leur formation, leur parcours et leur culture on ne peut plus franco-française, planchent sans doute déjà sur la question.

 

Article initialement publié dans le Journal du Net

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