Le digital est par nature transnational. Les nouveaux usages qu’il permet dépassent les frontières géographiques traditionnelles des états nations qui peinent alors à adopter les bonnes résolutions pour réguler des phénomènes inédits. De quoi rallonger la longue liste des chantiers d’Agnes Buzin, ministre des Solidarités et de la Santé. La preuve avec l’exemple des drogues douces. Enquête.

Les nuits de la jet set sont rythmées par des drogues en tous genres où l’innovation et la créativité de sont pas en reste lorsqu’il s’agit d’inventer de nouvelles substances illicites : désomorphines, alpha-metylphentalyne (China White), JWH-250, extasie, amphétamines, cannabinoïde synthétiques, pipérazines, cathynones de synthèse…

En apparence plus sein, le monde du digital n’a rien à envier au monde de la nuit, lui préférant l’alternative food ou encore la food 2.0 telle que le Soylent, une poudre qui se mélange à l’eau, très prisée en ce moment dans la Silicon Valley. Mais examiné de plus près, Internet n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de drogues.

La disruption s’immisce partout avec la complicité du digital, bousculant même des industries, légales dans certains pays (comme la Hollande) ou illégales ailleurs (comme en France ou aux Etats-Unis), telle l’industrie des drogues douces. En témoigne le florilège de sites de vente en ligne de marijuana qui déferlent sur la toile, comme Eaze, Canary ou Meadow. Des sites qui s’affichent au grand jour et se revendiquent sur tous les écrans comme les Uber des drogues douces.

  • « Prohibition is over » affirme le site Canary.
  • « Get it » propose le site Eaze.
  • « The easiest way to buy marijuana » revendique le site Meadow.

Une fois de plus, le caractère transnational d’Internet, invalide et pénalise, non plus la consommation de haschisch, mais la capacité des Etats à agir, car habitués à réguler, contrôler et punir à l’intérieur de leurs propres frontières physiques.

Que deviendront les données dans cette nouvelle industrie ?

Seront-elles rendues anonymes ? Sans doute !

  • Seront-elles réquisitionnées par les Etats comme aujourd’hui les listes d’évadés fiscaux? Peut-être !
  • Seront-elles maquillées par les consommateurs ? Probable !
  • Seront-elles détruites par les sites marchands, à peine ont elles étaient utilisées ? Rien de moins impossible !
  • Seront-elles associées à des monnaies alternatives offrant davantage de confidentialité, comme les Bitcoin ? Cela va de soi !
  • Se réfugieront-elles dans le darknet comme ce fut le cas avec The Silk Road, une marketplace (qui permettait d’acheter de la drogue, de commanditer l’assassinat d’une personne… et tout ce qui s’en suit), fermée en 2013 à la suite d’une affaire de détournement de Bitcoins.

Après l’ubérisation des sociétés de taxis par l’entreprise éponyme, celle des fleuristes (Florist Now, ProFlowers, BlooThat), l’ubérisation du marché de la tonte de la pelouse (Mowdo, Lawnly), l’ubérisation de l’hébergement (airBnB), l’ubérisation du support technique (Geekatoo), l’ubérisation de la programmation informatique (Geek Hub), l’ubérisation des femmes de ménages ou des artisans (TaskRabbit), l’ubérisation des data-scientists eux-mêmes (Algorithmia), le tout dans un monde ou la réglementation ne pourra qu’évoluer, le digital annonce peut-être l’heure des Digital Coffee Shops : des espaces plus ou moins légaux, hébergés quelques part dans le cloud, où les données font l’objet d’un sort particulier (protection, falsification, floutage, masquage, maquillage, destruction, anonymisation, éphémèrisation …) pour des raisons que nous vous laissons deviner.

Quoi qu’il en soit le dossier s’avère passionnant, touchant conjointement à la Justice, à la Santé et au Digital. Charge désormais à notre gouvernement de passer outre les silos que constituent les ministères, pour travailler en transverse en assaillant autour de la table les équipes de François Bayrou, d’Agnes Buzin et de Mounire Makjoubi.

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