On surestime généralement l’impact à court terme d’une nouvelle technologie et on sous-estime son impact à long terme. »  Larry Page[1]. Mise en bouche.

 

Un phénomène inédit

Le digital est avant tout un phénomène inédit dans l’histoire. Nul n’avait véritablement anticipé son déploiement mondial, ni sa portée. Né il y a une trentaine d’années – il s’agissait initialement d’un réseau militaire appelé Arpanet – Internet s’est réellement développé depuis deux décennies, lorsque des universitaires ont inventé un espace de navigation convivial, appelé le World Wide Web, pour partager de l’information.

Contre toute attente, sa vitesse de pénétration a été prodigieuse. À titre de comparaison, pour entrer dans cinquante millions de foyers, il a fallu trente-sept ans à la radio, treize ans à la télévision et seulement cinq ans au Web. À ce jour, Internet est le média qui s’est répandu le plus rapidement à travers le monde, touchant désormais plusieurs milliards de personnes.

Selon Steve Case[1], la première vague a consisté à mettre en place l’infrastructure technique permettant de connecter Internet à lui-même, c’est-à-dire un réseau international de machines. La seconde vague, portée par l’explosion du mobile et l’adoption fulgurante des smartphones, a permis de connecter davantage d’individus les uns aux autres et vu naître une nouvelle génération d’entrepreneurs particulièrement agiles tels que les équipes de Twitter, Snapchat ou Waze, qui ont démarré avec seulement quelques ingénieurs pour finalement créer la sensation. La troisième vague est celle où n’importe quelle industrie peut désormais faire l’objet d’une disruption, voire d’une uberisation, où le numérique ne se limitera plus seulement à des machines et des hommes, mais à tout ce qui se passera entre eux, dans la manière dont ils travailleront, apprendront, se soigneront, géreront leur argent et même se nourriront.

 

Un nouvel écosystème pour l’entreprise

Les plus respectés des business thinkers, des gourous de la technologie ou des pionniers du Web admettent avec humilité à quel point ils n’ont pas su voir avant l’heure la véritable nature de la révolution digitale.

En synthèse, le Web a engendré :

  • la formation d’un nouvel espace inédit dans l’histoire, un écosystème composé de 60 trillions de pages web (en incluant celles générées dynamiquement), 50 millions de blogsdès les années 2000 (avec deux nouveaux blogs chaque seconde), 65 millions de vidéos postées sur YouTube chaque jour, soit 300 heures de vidéo toutes les minutes en 2015[2] ;
  • la conversion des particuliers, historiquement cantonnés aux rôles de spectateurs passifs avec la télévision, en de véritables utilisateurs actifs, auteurs, producteurs et créateurs… de contenus ;
  • l’émergence d’un phénomène planétaire non orchestré par qui que ce soit (toutes les entreprises de financement réunies du monde entier n’auraient jamais eu assez d’argent pour soutenir un tel développement du digital, à une telle échelle et en si peu de temps) ;
  • les conditions pour que de nouvelles technologies, apparaissant à un rythme jamais observé par le passé, se combinent entre elles afin de favoriser l’émergence d’innovations majeures (un simple smartphone est un concentré d’innovations multiples : batterie lithium-ion, Internet, navigation GPS, reconnaissance vocale, intelligence artificielle) ;
  • la génération de donnéesexploitables par les entreprises dans des proportions exprimées en unités encore inconnues du grand public pour la plupart tant les volumes sont considérables[3] ;
  • la concentration de la richesse engendrée par la nouvelle économie entre les mains d’une poignée d’acteurs symbolisés par les GAFA(Google, Amazon, Facebook et Apple) qui, avec 418 000 collaborateurs en tout, ont désormais une valorisation boursière cumulée de $2,3 trillion, soit un montant proche de celui du PIB français, la richesse d’un pays comptant 67 millions d’habitants ;
  • l’apparition d’une véritable course folle entre quelques entreprises américaines et, en arrière-plan, chinoises, pour devenir la première société à atteindre le trillion de dollars de chiffre d’affaires au sein d’une nouvelle économie caractérisée par l’accélération et dans laquelle le raccourcissement du cycle de vie des entreprises (pouvant enregistrer des croissances jamais vues par le passé tout comme être remplacées en un rien de temps par un nouvel entrant), semble devenir la norme.

 

De nouveaux défis

La révolution digitale impose à toute entreprise autant qu’à chaque individu qui la compose de relever des défis aussi passionnants qu’ambitieux.

Du côté des entreprises, trois défis déjà se profilent :

  • Passer du contrôle des ressources à l’orchestration de ressources en tous genres.
  • Passer de la simple optimisation interne de l’organisation à la gestion des interactions de l’entreprise avec l’externe.
  • Passer le focus de la création de valeur pour le client à la création de valeur pour, dans et avec un écosystème.

Du côté des individus, nous ne pouvons qu’écouter le directeur du Media Lab du MIT, Joi Ito, qui dans son livre visionnaire Whiplash[4] encourage chacun à passer de l’éducation à l’apprentissage. Il définit l’éducation comme ce que l’on nous fait : d’autres que nous, des parents, des institutions (écoles, universités) nous enseignent, dans un cadre établi, des savoirs organisés, structurés (programmes d’écoles, contenus de formations, cursus). À l’opposé, Joi Ito décrit l’apprentissage comme une démarche plus personnelle, davantage proactive, permanente et résolument plus en phase avec les enjeux futurs. Revenu à l’entreprise, le salarié se trouve pour la première fois invité à devoir assurer par lui-même l’effort nécessaire à l’évolution de ses compétences, au développement de ses connaissances, à son adaptation ininterrompue à un monde qui change constamment.

 

Le digital à toutes les sauces en guise de boussole

S’il n’existe aucune solution miracle lorsqu’il s’agit de devenir un professionnel du digital, ou tout simplement de se familiariser avec cet univers très riche, complexe, hyper-technique et en perpétuelle évolution, un livre constitue un très bon point de départ.

Pour rebondir sur ce que disait Kevin Kelly[5] : « Dans un monde où la distraction est devenue la norme, être capable de ne faire plus qu’une seule chose à la fois devient un super pouvoir ». Une chose que vous avez bien comprise, puisque vous voilà plongé dans ce livre destiné à fournir un panorama de recettes et de grilles de lecture, de nature à vous permettre de mieux appréhender les problématiques digitales au travail.

Avec ce livre, nous espérons qu’une meilleure compréhension de la révolution digitale, encore trop souvent perçue comme éminemment technique, laissera enfin place à une acception plus juste, en l’envisageant cette fois-ci comme une révolution culturelle.

Cet ouvrage s’adresse aux digital champions, à celles et ceux qui aspirent à le devenir ou qui travaillent à leurs côtés. Son ambition est de présenter des recettes pour vous aider à accompagner la transformation digitale d’une entreprise et à lui faire adopter de nouvelles méthodes dans l’ensemble des domaines désormais affectés : stratégie, innovation, produit, management, marketing…

Sept cahiers révèlent les recettes qui permettront à chacun de remplir la mission qui est désormais celle de tous : enclencher la réforme numérique de son entreprise et de sa stratégie, accélérant l’innovation, lançant de nouveaux produits, transformant son marketing, accompagnant l’évolution de son management et instaurant de nouvelles méthodes de mesure.

 

Ingrédients

Ce livre est comme un ouvrage de cuisine ; il peut se lire d’une traite afin de saliver sur tout ce qu’il est possible de faire ou, au contraire, se lire en picorant, en fonction des besoins que vous rencontrez.

Chaque recette est parfaitement autonome et peut se découvrir indépendamment des autres.

Pour chacune d’elles :

  • une « mise en bouche » la présente ;
  • une rubrique « au menu » explique à quelle fin et dans quel contexte elle peut ou doit être utilisée ;
  • le pavé « préparation & cuisson » décrit comment l’utiliser en précisant ses étapes clés et la méthodologie à respecter ;
  • la partie « dégustation » offre l’occasion de comprendre tous ses intérêts ;
  • « l’astuce du chef » révèle quelques trucs des Chief Digital Officers étoilés sous forme de précautions à prendre pour mieux la réussir.

En complément, chaque recette est enrichie d’une légende précisant :

  • le temps nécessaire à sa réalisation ;
  • le nombre de personnes impliquées ou affectées ;
  • son niveau de difficulté.

Lorsqu’une recette vient en compléter une autre ou en dépend, une rubrique « accompagnement » indique avec lesquelles elle peut être combinée.

Enfin, il arrive parfois que la figure, le schéma ou le tableau servant de point de départ à une recette ne soit pas complètement visible car trop grand pour tenir sur la page du cahier d’un Chief (Digital Officer). Dans ce cas, les annexes fournissent pleinement ce que le cahier n’avait pas permis de montrer initialement.

Pour terminer, une quinzaine de recettes sont illustrées par un ou plusieurs cas réels. Lorsque l’entreprise a utilisé la recette, mais en l’adaptant à sa sauce, le cas est présenté sous forme d’une recette revisitée. De plus, certains tableaux, comme ceux du Digital Quotient ou du MATT, sont exceptionnellement consultables dans leur intégralité sur le Web ; l’adresse est alors fournie sous le schéma qui figure dans la recette.

 

PS : J’apprécie vraiment que vous ayez pris le temps de me lire. Pour vous remercier, permettez-moi de vous offrir gratuitement les 75 premières pages de mon dernier livre Le digital à toutes les sauces en cliquant ici.

 


[1] Cofondateur de Google avec Sergueï Brin, Larry Page est également directeur général de l’entreprise Alphabet Inc., dont Google est une filiale.

[1] Homme d’affaires américain, venture capitalist, pionnier d’Internet, cofondateur et ancien PDG d’AOL.

[2] Kevin Kelly, The inevitable : understanding the 12 technological forces that will shape our future, Viking, 2016.

[3] Millions, milliards, trillions, quintillions, décillions, exilions, myrillions, exabytes, yotta (qui équivaut à un septillion) ; nous serions à l’aube de l’ère des zettabytes.

[4] Joi Ito, Jeff Howe, Whiplash : how to survive our faster future, Grand Central Publishing, 2016.

[5] Co-fondateur et rédacteur en chef pendant quinze ans du magazine américain Wired, consacré aux nouvelles technologies, Kevin Kelly est également auteur de livres (Out of control, What technologies want) et figure parmi les observateurs du numérique les plus avisés.

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