Extrait de l’ouvrage : « La Transformation Digitale des entreprises : Principes, exemples, Mise en œuvre, impact social », Edition Maxima, Océane Mignot, Février 2019.

J’ai voulu développer un ensemble de 9 articles sur le sujet que vous découvrirez tout au long des 9 prochaines semaines. C’est un sujet salutaire où l’on trouve très peu d’écrits. J’ai décidé d’aller au-delà du concept et d’identifier un état des lieux actualisés.

Quand on pense à l’intelligence artificielle (IA), on pense souvent à des scènes de tueurs androïdes. Mais aussi, on imagine une intelligence artificielle qui prendrait le pouvoir et dont l’intelligence serait bien supérieure à l’homme. Ces machines qui n’auraient plus besoin de nous pour survivre et être autonomes. Bref, l’imagination n’a plus de limites.
Des films hollywoodiens comme « Blade Runner » et « The Terminator » nous ont inculqué un sentiment de crainte à l’idée qu’une IA aille à l’encontre de sa programmation et se retourne contre les humains.
Pour une industrie qui pourrait générer plus d’un billion de dollars de valeur commerciale cette année, et près de 4 billions de dollars d’ici 2022, tout doute majeur sur ses implications éthiques pourrait avoir des conséquences importantes .
L’IA est un mot à la mode qui est souvent utilisé dans le monde des affaires et dans les médias. Mais elle a déjà des effets tangibles pour un grand nombre d’industries et notamment celles qui dépendent d’une quantité importante de travail manuel.
Alors que l’intelligence artificielle ne cesse d’évoluer et que les entreprises continuent d’accroître leurs investissements dans ce domaine, certains craignent que l’on n’accorde pas suffisamment d’attention aux implications sociales et morales.
Au sens plus large, les technologies de l’information et de la communication (TIC) à travers les nouvelles technologies sont devenues omniprésentes dans notre société. Les TIC sont également liées à d’autres technologies, telles que la nanotechnologie, la biotechnologie et la neurotechnologie. Cette convergence dite NBIC est devenue de plus en plus visible depuis la fin des années 1990. La digitalisation pénètre tous les aspects de notre vie. La technologie se niche en nous, par exemple, grâce aux implants cérébraux. Elle se glisse entre nous grâce aux médias sociaux comme Facebook. Elle en sait de plus en plus sur nous grâce au Big Data. Elle apprend continuellement à se comporter davantage comme nous, comme l’exemple des robots et logiciels qui ont un comportement intelligent et peuvent reproduire les émotions. Van Est a appelé cela la « révolution technologique intime ». La digitalisation de la société repousse les limites de nos capacités et offre toutes sortes d’opportunités, mais remet aussi en question nos limites morales. Je décrirais les questions sociales et éthiques qui se posent lorsque la société est digitalisée sur la base de six technologies dominantes : Internet des objets connectés, robotique, biométrie, technologie persuasive, Réalité Virtuelle et augmentée et plateformes digitales.

L’Internet des objets connectés (IdO) et la robotique sont présents principalement dans notre environnement matériel comme l’espace public, notre habitat. L’IdO est construit au sein d’un réseau mondial qui intègre le monde réel au monde virtuel du Web. Avec l’émergence de l’IdO, nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère dans laquelle les objets et les personnes du monde réel peuvent échanger automatiquement des informations.

De cette façon, votre réveil matin n’aura pas pour seul objectif de vous réveiller, mais il allumera en même temps la machine à café. Le réfrigérateur vous indiquera qu’un produit a dépassé sa date d’expiration. L’éclairage dans la pièce s’adaptera à ce qui se passe dans votre jeu vidéo joué à ce moment-là. Votre casque de Réalité Augmentée vous donnera des informations supplémentaires en temps réel sur votre environnement afin de vous aider dans vos décisions et actions. Tandis que dans le cadre d’un lieu public surveillé, une caméra biométrique reliée à une base de données en ligne reconnaîtra les visages. Tout ceci est fascinant et déroutant à la fois. Plusieurs sociétés technologiques prévoient que l’IdO, à l’avenir, sera omniprésent dans nos vies quotidiennes.

Le développement de l’IdO et de la robotique est étroitement lié. Tout comme les dispositifs IdO, les robots sont pour la plupart équipés de capteurs pour lire leur environnement. Ils sont de plus en plus connectés au Cloud pour partager et analyser les datas. Ainsi, sur la base de ces analyses, ils effectuent des actions indépendantes. Bien que certaines questions se chevauchent, la robotique déclenche son propre ensemble de dilemmes éthiques spécifiques.
Au cours des dernières années, le monde biologique, dont font partie le corps humain, le cerveau et notre comportement, a également été digitalisé par la biométrie et la technologie persuasive . L’information biométrique permet d’utiliser des caractéristiques physiques uniques, comme le visage, la voix ou les empreintes digitales d’une personne, à des fins de vérification ou d’identification. Un exemple de vérification par biométrie est le contrôle électronique des frontières (e-Gates) dans les aéroports. Le voyageur pose son passeport sur un lecteur, regarde dans la caméra et le portail s’ouvre ou non. Le système d’identification confronte une image numérique du visage stockée dans le passeport avec une photo du visage prise lorsque le voyageur regarde la caméra. Si le système biométrique, en l’occurrence un système de reconnaissance faciale, décide que le visage stocké dans le passeport est le même que sur la photo, le système de contrôle du passeport conclut qu’il doit être le propriétaire légitime du passeport. Ainsi, la porte électronique s’ouvre.

Après avoir reconnu et analysé le comportement humain, l’étape suivante consiste à influencer ce comportement. Fogg définit la technologie persuasive comme une technologie qui vise à encourager les gens à modifier leur comportement. Pour y parvenir, il faut avoir la bonne motivation, la possibilité d’entreprendre des actions et un stimulus qui induit un certain comportement. La technologie persuasive est, par exemple, utilisée pour persuader un conducteur de porter sa ceinture de sécurité. La sécurité est la motivation ici. En émettant un signal sonore lorsque les conducteurs ne portent pas de ceinture de sécurité, on peut les convaincre de boucler leur ceinture.

La digitalisation pénètre aussi notre monde socioculturel. Ainsi, les achats, les transactions, l’écoute de la musique, les contacts avec des amis, l’action et la recherche d’une date sont des choses que nous faisons de plus en plus en ligne. L’avènement des médias sociaux et d’autres services sur le Web ont eu un impact conséquent sur notre façon de communiquer. Les services ont pris un rôle, de plus en plus important, dans notre culture et dans la formation de notre identité. Nos vies sont étroitement reliées à nos Smartphones qui rapprochent le monde réel du monde virtuel. Floridi appelle ce phénomène « onlife ». Pour lui, la distinction entre la vie hors ligne et la vie en ligne est maintenant complètement floue. Elles ne font plus qu’un. Les développements récents de la Réalité Virtuelle (RV) et de la Réalité Augmentée (RA) contribuent également à cette fusion. Dans la RA, le monde réel est mélangé avec des informations virtuelles, des animations ou des objets. En fait, une couche d’information digitale supplémentaire est ajoutée à notre réalité grâce à l’utilisation de lunettes intelligentes telles que Google Glass. Avec la RV, l’interaction se déroule dans un environnement entièrement virtuel, tridimensionnel, interactif et généré par ordinateur, dans lequel les utilisateurs ont une expérience artificielle. À l’avenir, la RV pourrait jouer un rôle important dans notre vie sociale. Il élargira considérablement les possibilités des médias sociaux. Les gens pourront non seulement passer du temps avec leurs amis en ligne, mais aussi partager toutes sortes d’expériences et d’aventures. Les plateformes digitales permettent des transactions intelligentes et efficaces. Grâce à ces plateformes digitales, des formes d’organisation radicalement nouvelles ont commencé à apparaître depuis huit ans. C’est le cas d’Airbnb et d’Uber qui, en quelques années, sont devenus des acteurs économiques majeurs, perturbant radicalement leurs branches d’activité respectives. Il existe de nombreuses autres initiatives, en particulier en ce qui concerne l’économie de partage, c’est-à-dire le phénomène selon lequel les consommateurs louent leurs biens de consommation inutilisés, souvent contre rémunération.

Ma description n’est pas exhaustive, mais donne une idée des divers types de questions sociétales et éthiques qui découlent de la digitalisation. À l’heure actuelle, la plus grande partie de l’attention du public et du monde politique se concentre surtout sur les questions de protection de la vie privée (en particulier la protection des données personnelles) et de cybersécurité. Les principaux défis sont la recherche de l’inviolabilité digitale du domicile et la protection de la vie privée avec l’émergence de l’IdO.

Néanmoins pour essayer de traiter le sujet de façon assez large. J’ai retenu huit items :

1. Vie privée
2. Autonomie
3. Santé et Défense
4. Sécurité
5. Équilibre des pouvoirs
6. Dignité humaine
7. Justice
8. Employabilité

Ces huit points seront traités dans 8 articles que je posterai chaque semaine. A la semaine prochaine !

Extrait de l’ouvrage : « La Transformation Digitale des entreprises : Principes, exemples, Mise en œuvre, impact social », Edition Maxima, Océane Mignot, Février 2019.

Ce billet est un article invité. Il a été rédigé par Océane Mignot sur le blog de Bertrand Jouvenot.

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