Les start-up changent déjà beaucoup de choses. Elles pourraient même changer notre société tout entière, dans le bon sens. Un point de vue optimiste, pas uniquement partagé par Steve Case, mais aussi par Guillaume Cairou qui signe son troisième livre pour mieux nous en convaincre. Bienvenue dans la république des start-up.

 

1. Bonjour Guillaume Cairou, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

Notre pays est en pleine transformation. Celle-ci est parfois vécue comme une crainte, en particulier pour ceux qu’on appelle les laissés-pour-compte : chômeurs, jeunes des quartiers, agriculteurs, retraités aux faibles pensions, étrangers…

Pour ma part, je considère que cette diversité de profils représente un formidable levier de croissance. Encore faut-il leur donner les moyens de libérer leur talent. Qui aurait imaginé que le petit-fils de réfugiés politiques que je suis, ayant grandi dans un quartier du Val-Fourré, puisse réussir en tant que chef d’entreprise ?

Au moment où le Président de la République prône la Startup Nation, mon livre est un appel à un engagement collectif pour que le leitmotiv « tous entrepreneurs » deviennent une réalité.

Favoriser la multiplication de startups, c’est permettre à un nombre croissant de concitoyens de se prendre en main. Le mouvement Startup République incarne cette volonté, qui marie l’idéal républicain à une économie ouverte à tous, pour redonner un avenir et un sens commun à notre société. La Startup République c’est la Startup Nation pour tous.

 

2. Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

Pour ce livre, j’ai fait appel au dessinateur Frédéric Deligne. Un bon croquis vaut en effet parfois mieux qu’un long discours.

Celui de la page 101 trouve chez moi un écho particulier. Un homme est assis face à son conseiller Pôle Emploi et lui propose de « monter une startup » avec lui. Le choc des cultures qu’on devine pourrait prêter à sourire, mais cette situation a été le point de départ de mon aventure entrepreneuriale.

J’étais au chômage, et me suis lié d’amitié avec d’autres demandeurs d’emploi qui avaient pour la plupart des profils seniors. Ils m’ont poussé à créer mon entreprise alors que ça n’avait jamais été dans mes projets. Finalement, cela leur a permis, tout comme moi, de retrouver un emploi grâce au portage salarial. L’ANPE a été mon incubateur sans le vouloir, et le chômage mon tremplin !

 

3. Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

Ces derniers temps, on parle de plus en plus des Socialtech, des Impactech ou encore des Edtech. Cela commence peut-être à faire beaucoup de novlangue, mais traduit tout de même un état de fait : notre rapport à l’entrepreneuriat se transforme, et le vocabulaire du travail traditionnel ne suffit plus pour exprimer ces nouvelles réalités… Cela n’empêche qu’en France, nous devrons nous approprier ces nouveaux usages et les façonner à notre image, pour rayonner sur les questions d’innovation en matière d’entreprise !

Par exemple, aujourd’hui, le nouvel entrepreneur n’est plus motivé d’abord par l’appât du gain financier ; il est d’abord soucieux de se sentir utile, et aspire souvent à changer le monde. C’est presque un politique au sens étymologique ! Bien-sûr, cela n’est pas une généralité, mais reste une tendance lourde qui revient constamment, et de plus en plus, quand on interroge les jeunes entrepreneurs de tous âges. Cela préfigure des changements profonds dans notre rapport au travail, surtout d’un point de vue social, quand on sait la forme des rapports sociaux organisés dans nos entreprises.

 

4. Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

Lancez-vous ! Il n’est jamais trop tard ni trop tôt pour se lancer, pivoter et réussir. On ne naît pas entrepreneur, on le devient !

 

5. En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

L’école, et l’éducation en général, sont les préalables d’une Startup République qui n’est rien d’autre que la Startup Nation pour tous, partout, dans nos villes et territoires. Je dis souvent, avec humour, que j’ai créé ma première start-up au Val Fourré, au collège, à 11 ans, même si je dois avouer que l’objectif initial de cette coopérative était d’abord d’être dispensé de permanence…

L’école doit être le creuset de la République et donc du mouvement que j’appelle de mes vœux. Imaginez le formidable impact croisé du développement de la culture de l’entrepreneuriat chez nos enfants avec les nouvelles valeurs positives de l’entreprise, tournée vers l’intérêt général !

Alors bien-sûr, il ne s’agit pas pour moi d’affirmer que tout le monde doit devenir indépendant ou entrepreneur, mais je pense que les valeurs positives de responsabilité et de créativité portées par l’esprit d’entreprendre doivent être encouragées. C’est comme cela que l’on obtiendra la Startup République française, qui créera les conditions du rayonnement durable de notre pays dans la nouvelle économie mondiale.

Merci beaucoup, Guillaume.

Le livre : Startup République, Guillaume Cairou, Editions du Cherche Midi, 2018.

 

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