Les plus respectés des business thinkers, des gurus de la technologie ou des pionniers du web, admettent avec humilité à quel point ils n’ont pas su voir avant l’heure la véritable nature de la révolution digitale.

En synthèse le web a engendré :

  • La formation d’un nouvel espace inédit dans l’histoire, composé de 60 trillions de pages web (en incluant celles générées dynamiquement), 50 millions de blogs dès les années 2000 (avec deux nouveaux blogs apparaissant chaque seconde), 65 millions de vidéos postées sur YouTube chaque jour, soit 300 heures de vidéos toutes les minutes en 2015.
  • La conversion des particuliers historiquement dévolus au rôle de spectateurs passifs avec la télévision, en de véritables utilisateurs actifs, auteurs, producteurs et créateurs… de contenus.
  • L’émergence d’un phénomène planétaire non orchestré par qui que ce soit. Toutes les entreprises de financement réunies du monde entier n’auraient jamais eu assez d’argent pour soutenir un tel développement d’Internet, à une telle échelle et en si peu de temps.

Rendons-nous à l’évidence, le web est une révolution humaine et sociale, rendue possible par la technologie. Les estimations les plus sérieuses concluent que seulement 40% du web aurait un caractère commercial, face à 60% de contenus, d’initiatives, de partages, de blogs et de Twitts basés sur l’altruisme, la passion, le besoin de communiquer et d’échanger, l’envie de participer à la construction d’un nouveau monde.

C’est de ces 60% que les 40% se nourrissent pour s’enrichir toujours plus. C’est parce que nous cherchons la photo de Donald Trump sur Google et que nous cliquons sur une photo qui montre effectivement Donald Trump, que l’algorithme de Google apprend et progresse dans son effort incessant de reconnaissance des images. Le web fourmille d’exemples comme celui-ci montrant comment l’utilisation d’internet par les uns, permet aux algorithmes des autres de développer une intelligence artificielle devenue souterraine, permanente et planétaire, à même de créer de la valeur.

Les internautes, c’est-à-dire nous, continueront-ils à accepter de travailler gratuitement, éternellement ?

Ne pouvons-nous pas imaginer de nouveaux scénarios dans lesquels :

  • Les individus se verraient rétrocéder par les entreprises du digital une part de la richesse qu’ils ont finalement contribué à créer.
  • Les données, les informations et les contenus que nous générons à titre individuel seraient vendues, ou louées, ou concédées par chacun d’entre nous, aux entreprises.
  • L’ensemble des richesses crées grâce à l’exploitation des données, des informations et des contenus que nous générons à titre individuel, serait en partie déposé dans un fond économique planétaire, géré par une instance internationale comme la Banque Mondiale, et dont l’exploitation commerciale serait destinée à financer des projets de nature à améliorer le monde.

En bref, il est clair qu’une gouvernance du digitale verra peut-être un jour le jour. Le web est une révolution par le bas, dans laquelle les individus tentent chaque jour de s’emparer d’un nouveau pouvoir dont la nature exacte et les contours restent encore à déterminer.

S’il est aujourd’hui difficile d’imaginer une gouvernance mondiale capable d’organiser le digitale et son usage, il est en revanche possible de constater l’émergence de solutions permettant aux particuliers de piloter les données qu’ils créent (Google Dashboard, Ghostery…) ainsi que les efforts d’organisation et les tentatives de maîtrise du web par les Etats, tout comme il est aisé de pressentir l’arrivée de certains acteurs situés à mi-chemin des deux, ayant vocation à jouer un nouveau rôle autour de la data : régulateur, gendarme, tiers de confiance, médiateur, canalisateur, arbitre…

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