La politique adoptée par Google en matière de duplicate content (1) pourrait figer les médias. En attribuant la paternité d’un contenu à un site, sous prétexte qu’il est plus gros que celui dont il a pourtant reproduit un article, le moteur de recherche empêche les médias émergents de se développer et encourage les médias établis à se cantonner au rôle de simples agrégateurs de contenus.

Quelle n’a pas été la surprise du jeune média 7X7 (2) de découvrir à l’occasion d’un audit SEO (3), qu’au prétexte que plusieurs de ses articles avaient été dupliqués sur de plus gros sites que le sien, tels que le Journal Du Net ou LinkedIn, Google lui infligeait des pénalités en matière de référencement naturel (4). Dit plus simplement, 7X7 voyait sa position dans les résultats fournis par le moteur de recherche se dégrader précisément parce qu’il produisait des contenus originaux et de qualité, si bien que les plus gros que lui qui les republiaient sur leurs sites s’en voyaient attribuer la paternité.

Il ne s’agit pas d’un exemple isolé. Nombre de petits sites proposant de très bons contenus, parfaitement originaux, se retrouvent doublement punis. Tout d’abord, parce que des sites médias mieux établis, plus connus, bénéficiant d’une audience plus importante, dupliquent leurs meilleurs contenus. Ensuite, parce que Google les sanctionne en leur infligeant des pénalités. Le cas du site Pierrepapier.fr est symptomatique. A peine créé, le site a publié de très bons articles que de plus gros acteurs de son secteur ont reproduits sur leurs sites. Son référencement naturel en a alors cruellement pâti.

Le système de double peine que Google a mis en place donne un tour nouveau à l’évolution du paysage médiatique. D’un côté, tout nouveau média, pour peu qu’il soit à l’origine de bons articles et donc potentiellement promis à un succès prochain, se voit condamné à finalement ne pas pouvoir émerger puisque ses articles seront lus mais ailleurs que chez lui. De l’autre, les médias les plus importants se livrant une concurrence telle, les poussant à sans arrêt devoir publier de plus en plus de contenus, de plus en plus fréquemment et surtout les meilleurs contenus, se voient condamnés à emprunter de plus en plus d’articles aux autres médias et par là même, à devenir de simples agrégateurs de contenus, et non plus des médias auteurs de leurs propres articles avec une ligne éditoriale, une exigence, des partis-pris, une posture, un style, un ton… bref tout ce qui fait qu’un média mérite ce nom.

Mais Google n’est-il pas lui-même une sorte d’agrégateur de contenus ? En mettant en place sa politique actuelle sur le duplicate content, la firme de Mountain View utiliserait les médias établis pour faire un pré-tri des meilleurs articles de la toile (les contenus que ces médias ont précisément dupliqués), afin de mieux les indexer ensuite dans son moteur de recherche ? Sous prétexte de servir les médias, Google se servirait d’eux ? Gageons que les médias en prendront conscience et réagiront un jour. En publiant cet article par exemple. Mais non, surtout pas ! Ce serait du duplicate content.

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Notes :

(1) Le duplicate content, ou contenu dupliqué en français, correspond à la pratique consistant pour un site A à reproduire, partiellement ou intégralement, un article d’un site B. Ce faisant, le site A encourage ses lecteurs à lire ledit article sur son propre site et non sur celui sur lequel l’article a été initialement publié. Il prive donc le site ayant la paternité de l’article, de lecteurs.

(2) 7×7 est un nouveau média numérique 100 % “listicle”. Kezaco un listicle ?
Prononcer ‘listikeul’ en français, c’est trop dur ! Un listicle est un mot-valise, contraction de liste et d’article. C’est donc un article sous forme de liste. Ce mode de traitement de l’info a longtemps été sous-estimé et relégué aux papiers pratiques ou aux encadrés [Lire la suite]

(3) SEO est l’acronyme de Search Engine Optimization et peut être défini comme l’art de positionner un site, une page web ou une application dans les premiers résultats naturels des moteurs de recherche. En français, le SEO est désigné par le terme de référencement naturel. Le SEO est donc un ensemble de règles, de méthodes et de techniques, consistant essentiellement à « coller » aux « exigences » et modes de fonctionnement de Google en adaptant son site en terme de contenus, d’organisation des pages, d’utilisation de mots clés, de technologies retenues, de développements techniques…

(4) Référencement naturel signifie la même chose que SEO. Ibid (3).

(5) Pierrepapier.fr est un site d’information et d’analyse, de pédagogie et de culture sur tout ce qui concerne la pierre-papier. Et la pierre-papier est un terme générique qui sert à désigner toutes les formes de placement financier ayant l’immobilier pour support. Initialement, le terme a été utilisé principalement dans les articles de presse consacrés aux SCPI. Il est utilisé désormais dans une acception plus large englobant d’autres produits financiers cotés ou non cotés. Voir pierre-papier sur Wikipedia

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