Nos enfants seront-ils médecins numériques, interprètes de données, éducateur de robots, avocats augmentés ? Ils ne le savent pas plus que nous, puisque les métiers qui seront les leurs, n’existent pas encore. Heureusement deux femmes, Isabelle Rouhan et Clara Doïna Schmelk, répondent en partie pour nous, dans un livre consacré aux métiers du futurs.

 

 

Bonjour Isabelle Rouhan, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?

 

Tout a commencé par une discussion avec mes deux enfants. Chacun d’eux a déjà une idée précise sur le métier qu’il veut faire plus tard. L’un veut s’orienter vers le droit et la technologie (il a appris à coder tout seul dans une dizaine de langages). L’autre veut être architecte, mais seulement pour bâtir des maisons écologiques « qui rendent les gens heureux ». Et les écoutant, j’ai réalisé qu’ils imaginent des métiers, qui n’existent pas encore. Et c’est ce qui m’a poussé à écrire ce livre.

 

Les élèves qui sont en ce moment au primaire ou au collège connaîtront un monde du travail très différent de celui qui existe aujourd’hui. Leur futur métier n’existe pas encore. En effet, un rapport publié en 2017 par DELL et le Think Tank californien « L’institut du futur » affirme que 85% des métiers qui seront exercés en 2030 par les écoliers d’aujourd’hui n’ont pas encore été inventés.

 

Par ailleurs, dans ma pratique professionnelle de dirigeante de cabinet de recrutement, j’écris de nombreuses fiches de postes. Au bout d’une trentaine de missions en deux ans, je me suis rendue compte que j’étais (presque) toujours mandatée pour des créations de postes. Et le plus souvent pour des métiers qui n’existent pas encore dans les entreprises que j’accompagne ! Du coup, j’ai eu envie d’imaginer ce que seront les métiers de demain. J’ai commencé à rédiger, et puis tout s’est enchainé naturellement. J’ai rencontré 30 experts, j’ai écrit 30 fiches de poste, et j’ai élaboré une typologie des métiers du futur. Et j’ai eu le courage d’envoyer le manuscrit à plusieurs maisons d’édition. Je remercie les Editions First (et particulièrement Laure-Hélène Accaoui) qui ont cru en ce projet, et ont publié mon premier livre, Les Métiers du Futur, le 4 avril 2019.

 

 

2. Une page de votre livre, ou un passage, qui vous représente le mieux ?

 

C’est la page 44 ! Ce passage évoque l’accélération du freelancing et la fin du salariat. D’ailleurs, je l’illustre par cette citation de Robert Frost qui me tient à cœur : « Two roads diverged in a wood, and I, I took the one less traveled by, And that has made all the difference. » *

 

* Extrait du poème The Road Not Taken. Traduction : « Deux routes divergeaient dans un bois, et moi, / J’ai pris celle par laquelle on voyage le moins souvent, / Et c’est cela qui a tout changé. »

 

Voici cette fameuse page 44 dans son intégralité :

Le freelancing est aujourd’hui la manière dont j’exerce mon métier dans le recrutement. J’ai créé une entreprise que je dirige et dont je suis l’unique salariée. Les clients qui me sollicitent me confient des missions, et je réalise des recrutements pour leur compte, de manière ponctuelle ou récurrente, en faisant parfois appel à d’autres freelances pour m’épauler en cas de pic de travail. Mon chiffre d’affaires me permet de payer les charges sociales qui me concernent, et quelque part, de m’employer moi-même. Ce mode de travail me convient tout à fait. En lâchant la rampe du salariat, j’ai peut-être un peu moins de sécurité dans mon quotidien, mais j’ai acquis en contrepartie une vraie liberté. Je choisis les missions dans lesquelles j’inter- viens, en fonction de la valeur ajoutée que je peux amener, et de valeurs partagées avec les entreprises pour qui je recrute. J’apporte un regard extérieur sur leur organisation et les talents qui la constituent, et je peux me permettre de faire remarquer des points que je ne pourrais pas forcément aborder si j’étais leur salariée. Ce changement de statut est une chance formidable pour moi. J’ai l’habitude de dire qu’avant je gérais un ratio « emmerdes sur salaire » et qu’aujourd’hui je pilote un ratio « kiff sur honoraires » !

 

3. Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

 

Le livre foisonne de pistes inspirantes à suivre pour accompagner les nouvelles générations, les ouvrir à plus de curiosité, d’agilité, d’adaptabilité, de flexibilité, afin qu’elles deviennent pleinement actrices de la mutation numérique.
J’invite chacun à découvrir une série de métiers du futur, comme par exemple celui d’éducateur de robots. Je suis convaincue que les nouvelles technologies nous libéreront des tâches répétitives et sans valeur ajoutée pour permettre à chacun d’investir ce temps additionnel dans plus de formation et de relation. Ce sera notamment le cas dans les services d’aide à la personne et les métiers de la relation client, où l’accélération de la collecte et du traitement des data sera un formidable moteur de création d’emplois et de nouvelles opportunités professionnelles.

 

L’automatisation est le principal défi de la révolution liée à l’Intelligence Artificielle.
Parce que forcément, le degré d’automatisation de certaines tâches a directement un impact sur les métiers et sur l’emploi. Une étude de McKinsey a révélé que d’ici 2022, la moitié des heures travaillées en France sont potentiellement automatisables. Mais la moitié de heures travaillées ne veut (heureusement) pas dire la moitié des emplois supprimés !
Les analyses démontrent que seuls 5% des postes seraient susceptibles d’être intégralement remplacés par des machines ou des robots. En revanche, le besoin d’adaptation du monde du travail sera massif puisque près de 60 % des emplois pourraient être partiellement automatisés.

 

Je crois à un impact positif de la révolution technologique sur les métiers et sur l’emploi. J’ai donc élaboré une typologie des métiers du futur, pour donner des idées à chacun, en fonction de ses talents et ses envies.

Les voici :

#1 : Métiers en évolution, comme professeur du futur, amplificateur de talent, social-seller, avocat augmenté….

#2 : Métiers en Révolution : neuro-manager, scrum-master, architecte de smart city, artiste numérique….

#3 : Métiers d’innovation radicale : éducateur de robots, médecin numérique, éthicien de l’Intelligence Artificielle, hacker éthique….

 

4. Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

 

Mon conseil est simple. VOUS être responsable de VOTRE employabilité. L’emploi à vie, c’est fini…. L’enjeu, c’est de devenir employable tout au long de votre vie. Pour cela, il faut accepter de sortir de sa zone de confort, d’être agile, de se former régulièrement….

 

D’après Eurostat, 15 millions d’emplois seront créés en Europe pour un niveau de qualification élevé d’ici à 2025, alors que dans le même temps, 6 millions d’emplois peu qualifiés pourraient être amenés à disparaitre. La balance est positive, mais le sujet est maintenant de vous former massivement aux compétences de demain, plus pointues.

 

 

5. En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

 

Je me passionne pour des sujets très variés. Je suis en train de cofonder un Observatoire des Métiers du Futur. C’est une association qui contribuera à l’employabilité du plus grand nombre en décryptant dans la durée les tendances de l’évolution des métiers en France. L’objectif est d’impacter positivement le débat public sur le sujet. L’association réunit des organisations et des personnes passionnées par la transformation du travail, et souhaitant améliorer l’emploi et la qualité des transitions professionnelles en France.

 

Je me passionne aussi pour les problématiques de souveraineté technologique, de souveraineté numérique et plus largement de souveraineté numérique. J’explore aussi les défis de la cybersécurité.

 

Et, puis j’ai un projet de roman…

 

Merci beaucoup, Isabelle Rouhan.

 

Propos recueillis par Bertrand Jouvenot

 


Le livre : Les métiers du futur, Isabelle Rouhan, Clara Doïna Schmelk, First, 2019.

 

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