Pour faire face à un monde incertain, les entreprises doivent d’abord procéder à un état des lieux des compétences et des savoir-faire de leurs collaborateurs.

« Comme nous le savons, il y a des connus connus ; des choses connues comme étant connues. Nous savons aussi qu’il y a des connus inconnus, c’est-à-dire, qu’il y a des choses que nous savons que nous ne savons pas. Mais il y a aussi des inconnus inconnus, des choses que nous ne savons pas que nous ne savons pas. » Ces propos alambiquéssont signés Donald Rumsfeld, le secrétaire américain à la Défense de la première administration George W. Bush. C’est à propos de la situation en Irak, en 2002, qu’il a fait cette déclaration, récompensée par le Foot in Mouth Award, un trophée britannique destiné à moquer les pires commentaires émanant de personnalités publiques.

Si cette phrase est particulièrement confuse, il est pourtant possible d’en tirer des enseignements pour le monde de l’entreprise. Il suffit alors de se munir d’une feuille et d’un crayon pour dessiner une matrice visant à déterminer l’état des connaissances dans l’organisation à un instant t et mieux se figurer ce vers quoi elle doit tendre.

 

L’inconnu / connu

L’entreprise ignore quels sont les savoirs détenus par ses collaborateurs et ceux nécessaires à leur travail. Elle n’a pas de visibilité sur leurs savoir-faire ni sur leurs compétences manquantes. C’est le cas de beaucoup de sociétés qui, au moment de travailler à l’organisation, au développement ou à l’acquisition de connaissances nécessaires à l’exécution de leur stratégie (par exemple, dans le cas de l’adoption d’un programme de RSE ou d’un outil collaboratif comme Facebook Workplace) ne savent même pas d’où elles partent. Que savons-nous ? Qui détient le savoir ? Avec quel degré d’expertise ? Voilà autant de questions qu’elles devront se poser. C’est le cas également d’entreprises dépassées par la complexité grandissante de leur environnement. Les grands acteurs de la finance, par exemple, avouent eux-mêmes qu’ils ne comprenaient plus ce qu’ils faisaient, avant que la crise des subprimes de 2008 ne frappe.

Etre située dans ce cadran est triplement problématique pour l’entreprise. Tout d’abord, parce que l’exercice consistant à mettre à plat les connaissances, les savoir-faire et les compétences maîtrisées est chronophage, surtout s’il n’a jamais été réalisé par le passé. Ensuite, parce que les méthodes pour y parvenir ne sont elles-mêmes pas nécessairement connues ou maîtrisées en interne. Enfin, parce que ce type d’approche, très anglo-saxonne, peut se heurter à des réticences culturelles. La grande majorité des entreprises n’ayant pas la taille critique pour réaliser des audits se situent dans ce cadran.

L’inconnu / inconnu

L’entreprise est parfaitement consciente qu’elle est incapable aujourd’hui d’imaginer les savoirs, les connaissances, les expertises dont elle aura besoin demain.

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