Le génial Brian Eno n’aura pas seulement produit David Bowie ou Talking Heads, et contribué à ressusciter le groupe U2 afin d’en faire le « meilleur groupe du monde » de la fin des années 90. Il est aussi l’un des pères de la musique électro et l’inventeur de la musique ambiant.

A l’occasion de la sortie de son nouvel album Reflexion, il est utile de repenser au regard que porte Brian Eno sur le digital.

Interrogé sur les potentialités introduites par le digital et l’électronique dans la musique, Brian Eno surprit tout le monde en se montrant réservé au sujet des instruments électroniques. Sa première déception reposa sur le fait que ces instruments sont rarement beaux, souvent réduits à des boîtes noires carrés couvertes de boutons, imposant au musicien de ne mouvoir que ses doigts. Détonnant pour le coup avec la sensualité offerte par la corde de la contre basse, la vibration de la guitare sur son ventre, l’amplitude du clavier d’un piano aux touches d’ivoire, la résonance sourde des instruments de percussion… permettant au corps de s’engager tout entier et de faire justement corps avec l’instrument. Brian Eno résuma lui-même très bien son ressenti en disant que les instruments électroniques n’étaient finalement pas assez Africains. Que jouer de la musique digitale revenait à danser avec uniquement ses doigts au lieu de bouger comme dans la danse africaine, avec tout son corps, habité par la musique, devenu autant créateur que création.

Mais les temps ont changés depuis la préhistoire de la musique électronique de Kraftwerk et les micro-capteurs logés désormais partout dans les nouvelles générations d’instruments électroniques rendent possible un rapport désormais plus physique et corporelle entre le musicien et la machine.

A l’instar d’un Tom Cruise, dans le film Minority Report, effectuant une véritable chorégraphie face à une machine dotée non plus d’une MMI (Man Machine Interface ou Interface Homme Machine en Français), mais d’une Body Machine Interface ou Interface Corps Machine), les musiciens de demain et d’après demain deviendront danseurs et joueront de la musique avec leurs corps ?

Le digital introduira-t-il un peu d’Afrique dans la musique ?

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