Pour trouver une ultime preuve que le digital révolutionne l’économie, il faut se plonger dans le dressing de ceux qui travaillent dans le secteur de la nouvelle économie. Un simple élément stylistique de leurs vestiaires en dit long, à lui seul, sur la nature de leur travail.

Hier, la révolution industrielle a vu naître une nouvelle génération de travailleurs : les blue collars. Venus des campagnes jusqu’aux villes, suivant le grand mouve­ment de l’exode rurale, ces paysans qui embauchaient à l’usine se voyaient revêtus d’un bleu de travail, d’où leur surnom, blue collars ou cols bleus en français.

Puis, avec le développement de l’économie des services, une autre génération de travailleurs vit le jour. Employés de bureaux, ils portaient une chemise de ville blanche et furent surnommés les white collars ou cols blancs en français.

Arrivent aujourd’hui une population qualifiée, jeune, diplômée, de plus en plus expérimentée suite à une succession de stages, formée au digital. Ne constituent-ils pas la classe des web collars, la classe de ceux dont nous ne connaissons pas la couleur du col de chemise car :

  • Nous les cantonnons à des tâches qu’ils exécutent depuis les plus bas échelons de l’organigramme, (presque cachés au fond là bas, dans l’es­pace situé après la machine à café.)
  • Nous ne les conservons pas assez longtemps dans nos organisations, car ils sont stagiaires, en CDD… pour se souvenir encore d’eux après leur passage.
  • Nous les reléguons à des jobs qu’ils peuvent faire depuis leur domicile : community manager, développeur web, graphiste, par exemple.
  • Nous ne les voyons pas au travail, car ils sont sans emploi.

Comment les faire monter dans le car qui serpente les routes du monde digital alors que des orages, des crises et un revêtement parfois abîmé rendent parfois difficilement praticable ?

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Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot, paru aux Editions Kawa en mars 2013, 278 pages, broché, 29€99.

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