Comme les hommes qui les ont façonné, les marques ont une histoire faites d’actes fondateurs, de moments décisifs, de collaborations, de souvenirs, de valeurs, de regards portés sur le monde, de succès, d’échecs… Entrer dans leur intimité est alors une clé pour mieux les saisir. Une clé que nous confie Marc Drillech, l’auteur du livre Brand Success, pour nous permettre de comprendre en profondeur le succès de 50 des meilleures d’entre elles. Interview.

 

 

1. Bonjour Marc Drillech, pourquoi avoir écrit ce livre… maintenant ?


Parce qu’il fallait compléter les 50 succès analysés dans le tome 1 par une série de cas tous aussi passionnants et qui apportaient d’autres points de vue, d’autres manières d’appréhender les notions de marques et de réussites… Bref, on souhaitait combler ce manque d’autant que des étudiants nous le demandaient…

Parce qu’on en avait aussi envie de le faire et qu’il ne faut pas refréner des envies vertueuses.

Parce que je souhaitais enrichir l’enseignement initial par des cas qui peuvent donner plus d’ouverture d’esprit, de culture et d’envie à des étudiants et à des jeunes professionnels. En effet, rien n’est plus triste que « l’odeur de l’échec » qui entoure un jeune pro quand on comprend que sa culture du domaine se limite à une approche utilitariste et actuelle… comme si le passé ne pouvait pas servir au présent, comme si des réussites dans des secteurs très différents ne servaient pas à enrichir la réflexion sur d’autres univers… Sans culture approfondie de son domaine, on est un « pro de passage » mais certainement pas plus…

 

2. Une page de votre livre, ou un passage, qui nous représente le mieux ?

L’introduction de Mercedes Erra, sans doute la personnalité la plus brillante aujourd’hui du monde de la communication parce qu’elle a tout compris de nos motivations et parce qu’elle partage comme moi cette idée toute simple qu’un bon professionnel ne peut pas seulement vendre l’avenir en s’appuyant sur ses capacités présentes. Sa valeur, son niveau, ses expertises ne peuvent donner le meilleur que s’il dispose d’une culture générale du domaine, des référents culturels, d’une connaissance des grandes réussites qui sont aussi des marqueurs de son intérêt réel. Et ce qui vaut pour un pro vaut tout autant pour un étudiant…et tout autant pour un enseignant, lequel a trop souvent tendance à se reposer sur ses acquis, ses expériences et ses savoirs passés, son sublime « cours » et son magnifique « power point ». Oui, enseigner c’est comme cuisiner. Si on ne se renouvelle pas on s’ennuie mais surtout on ennuie son public.

 

3. Les tendances qui émergent à peine et auxquelles vous croyez le plus ?

Je crois à l’extension des fake news et à la manipulation en tous genres que les technologies permettent dans les domaines de l’information, des connaissances, des innovations… La neutralité est un enjeu majeur qui ne profite pas à tous.

Je crois aux attaques continues contre les marques qui, dans des situations de forte contestation, risquent de s’affoler et de promettre tout et n’importe quoi… mais je crois que ces offensives sont de plus en plus justifiées si elles ne se remettent pas vraiment en question, et certains exemples dans l’ouvrage prouvent que c’est possible.

Je crois à l’extension de plus en plus rapide et profonde de l’interventionnisme de la technologie dans les vies de tous les jours des individus comme des institutions ou des marques avec des obligations de se transformer plus vite, avec des résistances également plus marquées, plus violentes, plus internationales.

Je crois à l’accroissement des tensions quotidiennes dans une société qui oublie trop le pardon, qui tend à s’écouter plus qu’à écouter, qui refuse trop le dialogue au profit de l’art stérile de la confrontation. Nous vivrons dans un environnement médiatique qui déserte allègrement le terrain du dialogue, de l’intelligence et de la compréhension profonde et difficile au profit de l’image continue, des effets et des « petites phrases », des « clashs » et de la spectacularisation.

Je crois à de nouvelles montées des mauvais « ismes » qui sont à l’image des sociétés qui ont perdu le sens de la relativité, de l’écoute et donc du dialogue, protestant pour tout et oubliant leur propre situation comparée à quelques milliards d’autres individus sur terre.

Je crois à la stupidité des européens qui vivent sur le plus beau continent du monde et qui ont atteint un degré de maturité sociétale qui devrait les rendre plus positifs, plus solidaires, plus unis… C’est le contraire et cela nous ramène à l’animal stupide qui peut définir parfois l’être humain et qui semble s’épanouir à merveille de nos jours.
Je crois aussi à l’optimisme…si c’est vrai…

 

4. Si vous deviez donner un seul conseil à un lecteur de cet article, quel serait-il ?

N’écoutez pas trop les conseils ou pas seulement.

Ils servent trop à nourrir le marketing des individus, des institutions, des marques… A trop les suivre on fait du surplace en étant persuadé qu’on se déplace. Or, les conseils qui sont destinés à éviter les erreurs, les fautes de parcours, les mauvaises directions, limitent le potentiel de découverte des individus, leur auto-formation.

Donc tirez surtout les conclusions de vos expériences…parce que vous serez un individu curieux, ouvert sur la planète, sur les gens, sur une diversité de passions et n’ayez aucune honte à mélanger les centres d’intérêt, Zola et les Marseillais !

 

5. En un mot, quels sont les prochains sujets qui vous passionneront ?

Moi.

 

Merci beaucoup, Marc Drillech.

Le livre : Brand Succes (Tome II), Marc Drillech, FYP Editions , 2019.

 

Propos recueillis par Bertrand Jouvenot

 

 

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