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Les lois de Moore, de Gilder et de Metcalfe sont invariablement citées pour décrire ce qui régit les nouvelles technologies en général et Internet en particulier. Deux nouvelles lois méritent de rejoindre ce tableau. Elles sont signées Clayton Christensen et Reid Hoffman.

 

Même le digital, pourtant si enclin à tout bousculer, a ses classiques lorsque l’on en vient à tenter de le comprendre.

Les trois lois classiques

Il est d’usage d’expliquer le développement hyper rapide et la dynamique du Web avec trois lois :

La Loi de Moore a été exprimée en 1965 par Gordon Moore, un des trois fondateurs d’Intel. Il expliquait que la puissance des processeurs des ordinateurs proposés en entrée de gamme doublait tous les dix-huit mois à coût constant, depuis 1959, date de leur invention.

La Loi de Gilder émane du livre Life After Television (La vie après la télévision), paru en 1990, dans lequel son auteur énonçait que la bande passante du réseau Internet triplait chaque année. Il allait plus loin en affirmant qu’Internet finirait tôt ou tard par permettre de transférer autant d’informations qu’il en passe par les réseaux de télévisions.

La Loi de Metcalfe est une loi empirique énoncée par Robert Metcalfe, fondateur de la société 3Com et à l’origine du protocole Ethernet. Selon Robert Metcalfe : « L’utilité d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses utilisateurs (N²) ». Ainsi, si une seule personne dispose d’Internet, la valeur du réseau est pour ainsi dire nulle. Si deux individus ont accès à Internet, son utilité est de quatre. Si trois personnes sont connectées, l’utilité d’Internet est de neuf, etc.

Rendre à César ce qui est à César

La notion de disruption, tant popularisée par, et dans le monde digital, a en réalité été introduite en 1995 par Clayton Christensen, dans un livre qui fit date : The Innovator’s Dilemma.

Voici pour la quatrième loi.

Ce professeur de Harvard y énonce la loi dite de « conservation des profits attractifs » selon laquelle : « Lorsque des profits attractifs disparaissent de l’une des étapes de la chaîne de valeur, parce qu’un produit devient une commodité, une opportunité de réalisation de profits attractifs, grâce à de nouveaux produits, émerge de manière adjacente ». Exprimée plus simplement, cette loi stipule que lorsque quelque chose devient commun au point d’en devenir parfois gratuit (exemple : la musique, la photo), elle engendre quelque chose d’autre qui, quant à lui, a de la valeur (exemple : les lecteurs MP3, les appareils photos numériques). A titre d’exemple, l’industrie informatique a vu naître une succession de zones de profits. Avec l’intensification de la concurrence, le marché des ordinateurs individuels a vu ses prix baisser et donc ses marges se réduire. Une zone de profit adjacente est apparue, celle du logiciel. Ce marché a ensuite lui-même été disrupté par l’open source pour finalement engendrer une nouvelle zone de profit : l’Internet. Celle-ci, à son tour, a laissé place à une nouvelle génération d’applications, mobiles notamment. Ainsi de suite.

Depuis, Clayton Christensen apparaît régulièrement en tête des classements des Most Influential Business Thinkers dont les médias américains raffolent et dont Internet regorge.

Ecouter le dialogue de Tim O’Reilly et de Reid Hoffman

Enfin, voici pour la cinquième loi.

Dans son excellente ouvrage intitulé What The Future, Tim O’Reilly, véritable sommité dans la Silicon Valley, orateur régulier dans les assemblées plénières de Google ou de Facebook, relate une conversation entre le sénateur Sheldon Whitehouse, Reid Hoffman (fondateur et CEO de LinkedIn) et lui-même, lors d’un dîner à San Francisco. Au cours de cette discussion, Reid Hoffman expose la loi de Moore au sénateur, en insistant sur l’intérêt de l’appliquer au système de santé américain. Après quelques explications de la loi, le débat s’engage et Reid lance ceci : « Sénateur, il vous faut comprendre qu’à Washington vous avez admis l’idée selon laquelle chaque année, les choses coûtent plus cher, tout en en faisant moins. Dans la Silicon Valley, au contraire, tout le monde s’attend à ce que toute chose coûte moins cher et en fasse plus, chaque année. »
Observant que cette affirmation de Reid Hoffman se vérifie jour après jour, dans le monde des nouvelles technologies (où des produits de moins en moins chers, souvent même gratuits comme Google Search, s’améliorent sans cesse et offrent un service toujours meilleur), Tim O’Reilly baptisa ce constat « loi de Hoffman ».

Énoncer des lois universelles au sujet d’un phénomène, c’est adopter une approche scientifique. Certaines disciplines étudient des choses appartenant au passé (archéologie, histoire, psychanalyse, paléontologie…). D’autres, observent ce qui est vivant et bien là (sociologie, économie, biologie…). Parmi les sciences, l’astronomie a comme singularité que le scientifique étudie quelque chose dont la manifestation est bien réelle (une étoile lumineuse par exemple) alors que cette chose n’est plus la même depuis bien longtemps (l’étoile s’est éteinte il y a des millions d’années et le scientifique perçoit en fait ses anciens rayons, qui ne lui arrivent qu’aujourd’hui). A l’instar de l’astronomie, la science informatique se situe peut-être, non plus entre le passé et le présent, mais cette fois-ci, entre le présent et le futur, ouvrant par là-même la voie de nouvelles explorations scientifiques.

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